À 30 ans, l’artiste bosnien Bojan Stojčić aime laisser sa marque. Il propose, dans sa série No Trace Promises The Path, des témoignages de son passage. Entretien.

Fisheye : Qui es-tu en quelques mots ?

Bojan Stojčić : J’ai 30 ans, et je vis à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Parfois, j’aime à me considérer comme un artiste. J’ai suivi des études de graphisme et de photographie le jour, et la nuit, je faisais partie d’un groupe de graffeurs. Et nous utilisions la photographie pour mémoriser notre passage. Une époque où les espaces urbains rassemblaient autant que sur les réseaux sociaux d’aujourd’hui.

Quelle relation entretiens-tu avec ce média ?

La photographie permet de capturer des fragments de vie, en suspension. À la différence des réalisateurs, écrivains, peintres ou encore sculpteurs, les photographes peuvent créer dans l’instant, indépendamment de leur conscience. C’est pour cela que ce média est un outil si puissant, et en même temps peu fiable.

Comment définirais-tu ton approche photographique ?

Je ne pense pas avoir une approche clairement identifiée et je n’ai pas d’appareil photo spécifique. J’utilise ce qui me tombe sous la main – j’alterne entre mon smartphone et des boîtiers plus professionnels. Chacun de ces outils possède son propre langage, et ce sont ces possibilités techniques que j’aime explorer. Il s’agit d’étendre le champ des possibles.

Comment est née ta série No Trace Promises The Path ?

J’ai ressenti un besoin fondamental de laisser ma trace. C’est lié à l’ego, certes, mais à la peur de l’oubli aussi. Grandir en tant que réfugié, et vivre dans un pays dans lequel je ne suis pas considéré comme citoyen, ne m’a laissé que peu de choix pour m’identifier. C’est pourquoi je souhaite autant laisser mes marques, telles des archives de mon existence. Ces images témoignent de mon humanité, de mon amour, et de mes espoirs. Parfois, c’est la chose la plus sincère que l’on puisse créer. J’utilise le 8e art pour immortaliser ces inscriptions à la nature éphémère, et pour les attacher à des lieux. J’ai réuni ces clichés dans un livre No Trace Promises The Path.

Devant la galerie Showcase, à Grenoble, tu as affiché une annonce pour rechercher des personnes avec lesquelles converser sur l’art par SMS. Peux-tu nous expliquer ce projet intitulé Seeking For a Person ?

On peut lire sur l’annonce : Young man (30) from Sarajevo, BiH, seeks a person to discuss art with. Text: 00 387 62 130 153  (jeune homme de 30 ans de Sarajevo, originaire de Bosnie-Herzégovine, cherche quelqu’un avec qui parler d’art, ndlr). La solitude m’a poussé à faire cela. Je ne parle pas de solitude personnelle, mais d’une solitude plus vaste liée à la standardisation de nos identités. L’Europe ne me voit qu’en tant que réfugié de guerre, criminel, ou bien encore ignorant. On attend de moi que j’assume ce rôle et ce passé. Et si j’étais plus que cela ? Mettre cette annonce était un moyen de questionner cette identité qui m’est imposée. Ma passion pour l’art me constitue et il était important pour moi de le partager.

 

Découvrez son livre No Trace Promises The Path , disponible ici.

© Bojan Stojčić