Dans NOIREMEDITERRANEE, Jef Bonifacino réunit deux projets photographiques : l’un réalisé dans le sud de la France, et l’autre en Crimée. Un récit en diptyque, entre obscurité et scintillement, cherchant à abolir les frontières.

Les ports ancestraux de Toulon et de la Crimée, les vagues anonymes des mers Noire et Méditerranée, les baigneurs, les criques sauvages… Et, entre les deux, des bateaux, des échanges, des voyages. Dans NOIREMEDITERRANEE, Jef Bonifacino relie deux expériences, deux souvenirs distincts, qui voguent, pourtant, ensemble. Privilégiant une approche lente du médium photographique, il a fallu longtemps à l’auteur pour parvenir à faire dialoguer ces deux récits. « J’ai besoin de temps pour comprendre le sens exact de ce que je fais, retravailler les images, construire la narration, aboutir à une forme adéquate », précise-t-il.

À Toulon, où une partie de sa famille habite, le photographe retrouve une certaine familiarité, un paysage connu arpenté des centaines de fois. Les images dorées de la Crimée, quant à elles, proviennent de voyages, entrepris entre 2013 et 2017. Des immersions dans un territoire, et une culture encore à découvrir. « Si j’assemble les photos dans le même format, on passe de l’un à l’autre sans ressentir de connexion organique. Incruster en petit les clichés de la Crimée permet de retrouver une seule image où les deux moitiés participent. Une scène devient ainsi le prolongement de l’autre et ensemble, elles composent un seul univers noirméditerranéen… », explique Jef Bonifacino.

Les frontières s’effacent

C’est par hasard que le photographe découvre la teinte dorée qui sublime ses prises de vue. « J’avais scanné les négatifs noir et blanc en mode couleur sur un vieux scanner, et j’ai découvert que le plastique même de la pellicule avait une teinte qui devenait dorée en la contrastant. J’aimais cette idée de la lumière détenant une couleur intrinsèque », confie-t-il. Et, en jouant des contrastes et des échos entre chaque image, il construit un récit intime. Une immersion dans deux narrations différentes, pourtant animées par une impression de liberté, et par l’air salin des côtes. « Ce qui m’intéresse le plus dans ce travail est la possibilité de faire ressortir visuellement les liens entre deux mondes éloignés. Découvrir les similitudes dans l’histoire militaire des ports de Toulon et de Sébastopol. Comme une extension, une confirmation des connexions entre ces deux régions », précise-t-il.

Au contact des diptyques de Jef Bonifacino, les frontières s’effacent et la temporalité s’abolit. Figées dans des monochromes, et des dorures sans âge, les images témoignent d’un désir de découvrir, de réunir, de fouler de nouvelles terres. Ancrées dans une mosaïque de souvenirs, les photographies deviennent des fragments imaginaires, faisant voler les barrières physiques pour retrouver le bonheur d’explorer. Et, dans ce présent étouffant, où l’action de voyager semble indéfiniment mise en pause, les envolées du photographe, de part et d’autre des mers et des continents, deviennent des capsules agréables, nous invitant à une escapade fantasmée.

© Jef Bonifacino