La photographe française Marilyn Mugot a voyagé en Chine de 2016 à 2018. Là-bas, elle a réalisé Night Project, une errance dans les villes du pays, inspirée de la science-fiction.

Installée en banlieue parisienne, la photographe Marilyn Mugot s’est initiée au 8e art durant ses études de graphisme. Fascinée par les ambiances du monde urbain, l’artiste est attirée par les métropoles et leurs atmosphères singulières. En 2014, elle a entrepris un voyage, seule, aux États-Unis, en quête d’inspiration. « À cette époque, je faisais de la photographie de mode, mais je me sentais limitée, frustrée, comme si ces créations ne me représentaient pas véritablement », confie Marilyn Mugot. Un road-trip qui a changé son approche photographique : « Les paysages américains avaient exacerbé le besoin de mêler mes influences esthétiques avec l’imaginaire – l’univers de la science-fiction notamment. »

De 2016 à 2018, l’auteure a voyagé plusieurs fois en Chine, se laissant guider par son intuition. « Ma recherche se portait sur les enseignes éclairées par des néons, qui jalonnent les rues des villes chinoises. Un dispositif d’éclairage que l’on ne retrouve plus en Occident, car il a été remplacé par la lumière LED », précise-t-elle. Une lumière emblématique de l’âge d’or de la science-fiction hollywoodienne, qui marque profondément sa série Night Project.

Au cœur d’une dystopie futuriste 

« La Chine inspirait mon imaginaire. S’il s’agit d’un pays en pleine mutation, économique comme culturelle, je ne recherchais pas les lieux touristiques, mais plutôt la perte de repère qui me faisait ressentir cette notion de “fin des temps” », explique Marilyn Mugot. Perdue dans les ruelles des villes, la photographe s’est imprégnée d’une atmosphère étonnante, évoquant les paysages urbains postapocalyptiques des réalisations fantastiques. « L’éclairage aux néons peut être retrouvé dans des films comme Blade Runner, Total Recall, ou dans les fictions de Philip K Dick, raconte la photographe. Ces longues marches dans la nuit m’ont fait vivre des émotions intenses : mélancolie, nostalgie, solitude ou encore spleen baudelairien… »

Évoluant dans des lieux déserts, intemporels, la photographe s’est approprié les espaces urbains. Éclairés par une lumière violette, presque spectrale, les paysages prennent une dimension effrayante. Sommes-nous coincés dans une dystopie futuriste ? La fin du monde est-elle proche ? Ne reste-t-il de la civilisation humaine que des constructions de béton ? En écartant l’humain de ses images, Marilyn Mugot devient l’auteure d’un récit d’anticipation inquiétant. « Un jour, nos réalisations seront probablement les derniers vestiges de notre passage sur terre, affirme-t-elle. J’espère faire voyager le regardeur vers un autre espace-temps, en parasitant ses repères géographiques et temporels. » Un voyage futuriste troublant.

© Marilyn Mugot