Le photographe polonais Łukasz Rusznica présente, au Festival Circulation(s), Subterranean River, un voyage mystérieux dans la nature japonaise, influencé par les croyances shintoïstes.

Photographe et commissaire, Łukasz Rusznica est installé à Wroclaw, en Pologne, où il dirige une galerie d’art. Inspiré par les livres, l’artiste construit ses séries en les imaginant sur les pages d’un ouvrage. Un processus long et consciencieux qu’il considère « affreusement romantique ». « J’ai appris à aimer les erreurs et les impasses. Il est crucial de prendre son temps, lorsqu’on crée. Cette dévotion au projet engendre de belles surprises », confie-t-il. Fasciné par l’image, Łukasz Rusznica a longtemps souhaité devenir réalisateur. C’est durant ses études de cinéma qu’il a découvert le 8e art. « J’ai réalisé quelques images, pour mon portfolio. Finalement, j’ai réalisé que le cinéma était un travail d’équipe, et que la solitude accompagnant les photographes m’attirait davantage », se souvient-il.

En 2016, le photographe est accepté à la résidence d’artiste European Eyes on Japan, et s’envole pour le Pays du soleil levant. « J’y ai étudié les graphismes japonais, me nourrissant de ces images jusqu’à créer mon propre imaginaire oriental », explique Łukasz Rusznica. À son retour en Pologne, il oublie ses images pendant un an, afin de se détacher des souvenirs qu’elles contiennent. Un processus nécessaire, pour l’artiste. « J’aime errer, me perdre, et me retrouver. Je réécris souvent ma propre expérience, en découvrant au fil du temps des symboles, des éléments – sur mon travail et sur moi-même – que j’ignorais », explique-t-il.

L’insaisissable et l’éternel

Dans Subterranean River, Łukasz Rusznica construit un univers métaphorique, sombre et mystérieux. Inspiré par le shintoïsme (un ensemble de croyances anciennes, reconnaissant le caractère sacré de la nature) et le folklore japonais, le photographe utilise des symboles ancestraux pour représenter la complexité de l’être humain. « Je donne à voir l’insaisissable et l’éternel, cette noirceur que nous portons en nous, les hormones et le sang dans nos corps, et la nature ». Un récit sensuel et sauvage, interrogeant le caractère divin de l’environnement. Le rouge apparaît souvent, dans les images de l’artiste, rappelant une certaine passion, mais aussi la vie, coulant dans chaque être vivant. Une manière de reconnecter les espèces entre elles. « La nature est notre foyer, elle est en nous. Lorsque nous la détruisons, nous nous détruisons également. À travers ces images, je fais appel à des notions très simples : l’empathie et la compassion », déclare l’auteur.

Dans le cadre du Festival Circulation(s), Subterranean River attire le regard. Les images écarlates, prenant la forme d’un papier peint, portant les clichés plus doux. « Même sans regarder directement l’installation, les visiteurs peuvent apercevoir ces flashs rouges. Une expérience qui stimule le regardeur, et l’attire dans mon univers », précise le photographe. Calmes, envoûtantes ou inquiétantes, ses clichés capturent une nature puissante. Une divinité abritant en son sein ses différents enfants : végétations, animaux et êtres humains. Un bel hommage à l’environnement japonais.

© Łukasz Rusznica