Sébastien Leban, photographe et journaliste français, témoigne du confinement du haut de son balcon, situé au 5e étage. Il partage avec Distanciation sociale, une réflexion à deux niveaux.

« La distanciation sociale ? C’est un oxymore ! », annonce Sébastien Leban, photographe et journaliste de 32 ans installé à Pantin. Et c’est aussi le nom de sa dernière série. Car l’artiste a pris au pied de la lettre la recommandation gouvernementale. « Ce travail est né d’une tentative de comprendre ce nouveau terme qui, rapidement, est devenu omniprésent dans les médias et les discours officiels. J’ai choisi de l’appliquer à ma photographie et d’essayer de le traduire en images, tout en respectant les contraintes que cela impose », explique le photographe français. Comme beaucoup de ses confrères, le coup d’arrêt a été brutal – 90 % des commandes presse ont disparu. Alors, lorsque ses tâches qu’il remet habituellement au lendemain – archivages, éditing et suivi administratif – sont achevées, il se poste sur son balcon et shoote, depuis le 5e étage. « En temps normal, l’avenue Jean Lolive est une artère très populaire qui grouille de monde. On y pratique notre sport national : le parking en double voire triple file. Et puis, tout a changé : l’avenue s’est vidée, les passants ont commencé à porter des masques, des gants, et les commerçants à tracer des marques pour les files d’attente. J’ai commencé à photographier pour isoler ces situations inédites », ajoute-t-il.

Perte de contrôle

De ses images émanent l’urgence et l’anxiété, et le tout dépeint un tableau dramatique, presque apocalyptique où l’individu prime désormais sur le collectif. Quels seront les nouveaux comportements à adopter en post confinement ? Comment, en tant qu’individu, trouver sa place dans le groupe ? « Photographe ou non, cette crise va modifier durablement notre rapport à l’autre, c’est certain, confie l’artiste obsédé par une quête : saisir la bonne distance. Que je pratique le portrait ou le reportage, je m’interroge constamment sur cette notion », ajoute Sébastien Leban. Distanciation sociale symbolise alors une perte de contrôle dans son rapport à ses sujets. Et cette ‘ n’est pas incompatible avec son envie de redémarrer, ses dernières images postées sur son compte Instagram le confirment. À Zhengzhou, en Chine, des scootéristes se pressent dans les rues, à l’image des citadins français sur le qui-vive.

© Sébastien Leban