Comment survivre à l’insurmontable ? Dans In the arms of the void, la photographe russe Natalya Tikhomirova tente de mettre en image ses peines et ses émotions, à la suite d’une fausse couche.

« Il y a six mois, j’ai perdu un enfant. Dès les premières secondes, et jusqu’à maintenant, j’ai surveillé mon état, immortalisé mes sentiments, en essayant de leur donner un nom, de les accepter », confie Natalya Tikhomirova, 30 ans. Cette artiste russe réalise des œuvres hybrides, s’inspirant des beaux-arts. Photographies, collages et sculptures se répondent au cœur de ses créations et forment un tout à fleur de peau.

« Je me souviens du jour où je me suis rendue à l’hôpital. Peur. Panique. Le point de non-retour a pris la forme d’un diagnostic dans la salle d’échographie, lorsque les médecins m’ont dit : “toutes mes condoléances, votre grossesse s’est arrêtée il y a trois semaines” », raconte-t-elle. L’opération, puis la tristesse, la réalisation, le deuil… Durant les six jours suivant l’intervention, la photographe ne lâche pas son boîtier et capture chaque détail de sa guérison. « Ces images sont des impressions de ma conscience, des souvenirs figés que je peux tenir dans mes mains », précise-t-elle. Un monologue personnel, l’aidant à combattre le néant qui grandit en elle.

Donner du sens à ses émotions

Puissante et symbolique, In the arms of the void s’impose comme une suite d’allégories, le récit déchirant d’une femme blessée, qui cherche à donner du sens à sa vie. Inspirée par l’art classique, Natalya Tikhomirova fait de chaque cliché un tableau. Portraits, natures mortes, paysages mornes illustrent ses états d’âme. Des abîmes dans lesquels sombrent ses frayeurs et ses peines. Une création après l’autre, l’artiste remonte lentement la pente, puise dans ses espoirs, sa créativité pour réussir à représenter ce que les mots ne peuvent décrire. « Durant mes études à l’Académie de la photographie documentaire et du journalisme Fotografica, j’ai appris qu’un artiste peut se libérer en parlant plusieurs langages visuels en même temps. J’aime raconter des histoires qui s’assemblent pour former une mosaïque », précise-t-elle.

Parmi ces fragments de récits, l’un d’eux, Petrified Butterfly, est fondamental. La photographe nous raconte : « Dans cette image, j’ai combiné la symbolique du papillon – qui évoque l’immortalité, la renaissance et la résurrection – à mes souvenirs intimes. Juste avant mon opération, j’ai vu l’un de ces insectes entrer par la fenêtre, il a tourbillonné au plafond, et j’ai immédiatement songé qu’il s’agissait de l’âme de mon enfant. C’est la dernière chose dont je me souvienne avant l’anesthésie ». Tragique, la série met brillamment en images la détresse causée par un drame effroyable.

© Natalya Tikhomirova