Le photographe londonien Sam Gregg place les gens au cœur de ses images. Ses portraits représentent des hommes aux traits saisissants, et au regard expressif. Dans sa série See Naples and Die, il part à la découverte des personnages habitant la capitale du crime.

Pour Sam Gregg, le portrait est une véritable obsession. Depuis son plus jeune âge, il se perd dans la contemplation du monde, et observe avec attention ses habitants. En grandissant, cette fascination influence sa photographie, et le pousse à partir à la rencontre de ses futurs modèles. « Ce sont les marginaux qui m’attirent », confie Sam. « Ceux qui ne s’intègrent pas dans la société. Je me suis toujours senti à l’aise avec eux ». En apprenant à les connaître, le photographe dresse un portrait vibrant des endroits dans lesquels ils résident.

See Naples and Die regroupe des images des quartiers Espagnol et Rione Sanità. Deux lieuxeffrayants et pourtant magnifiques. « Tous mes projets sont influencés par des valeurs socio politiques », explique Sam. « Et la réputation de Naples n’est pas fameuse : son taux de crime est l’un des plus hauts d’Europe ». Pourtant, ce constat alarmant ne décourage pas le photographe, qui s’attache à sublimer la ville et sa population. Dans ses images, c’est l’humanité des modèles qui est mise en lumière, loin de la peur ambiante liée à la cité.

Une beauté ténébreuse

Si les portraits de Sam sont touchants, une certaine noirceur les accompagne. Dans la culture napolitaine, la mort est omniprésente. « Les crimes passionnels sont connus, ici », raconte-t-il. « Des avis de décès sont placardés sur les murs de la ville, des messes sont organisées lors des commémorations de morts… Et puis, il y a ces célèbres Églises des Morts ». Passé, superstitions et magie noire alimentent l’histoire criminelle de Naples. L’au-delà plane sur la ville, et lui confère une atmosphère fantastique. Un romantisme inspirant, qui ravit Sam. Ses portraits montrent un autre visage de la cité. Les regards tristes, les rides creusées de ses modèles racontent une histoire réaliste et complexe. Ils reflètent un univers brut et vulnérable. « Nous vivons dans une société gouvernée par les réseaux sociaux, et leur version idéalisée du monde, mais tout n’est que mensonge. La noirceur de Naples est libératrice, émouvante », conclut le photographe.

© Sam Gregg