Libres comme l’eau

05 mai 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Libres comme l’eau

Inspiré par l’histoire de Nami, artiste japonaise et mère célibataire, Esteban Vargas Roa l’invite à découvrir son pays natal : le Chili. À travers Be Water, tous deux apprennent à se connaître et tissent des liens entre deux cultures étrangères.

Photographe de mode installé à Santiago, au Chili, Esteban Vargas Roa voyage depuis plusieurs années en Amérique latine et en Asie, à la recherche de sujets uniques. « Si je me suis toujours intéressé à la mode, j’ai appris à me forger ma propre idée de cette industrie. Je me concentre sur la notion de beauté, et sa présence dans notre vie quotidienne. Le sublime est dans l’essentiel, c’est pourquoi je n’utilise jamais de lumière artificielle ou de mises en scène complexes », explique l’artiste. Pour ce dernier, l’atmosphère d’un moment ou d’un lieu suffit à apporter de la magie au réel. Une simplicité qu’il associe à la culture latino-américaine. « Ici, les choses les plus magnifiques sont souvent les plus brutes », poursuit-il.

À la recherche de cette splendeur naturelle, il arpente le monde, et découvre des territoires, des muses au cours de son chemin. Parmi elles, Nami, une artiste et modèle japonaise qu’il rencontre à Tokyo. « Un ami en commun nous a présentés, et nous avons immédiatement sympathisé. Elle était intéressée par la culture chilienne et latine, aussi, je l’ai invité à me rendre visite là-bas », raconte Esteban Vargas Roa. Aventurière dans l’âme, la jeune femme a déjà inspiré de nombreux photographes – travaillant notamment avec Ren Hang et Yuan Yao – et dévoile, au fil de ses collaborations, sa manière singulière de vivre et d’éduquer son fils. « Elle a commencé sa carrière lorsqu’elle a décidé de devenir mère et d’élever son enfant seule, c’est quelqu’un de fascinant », précise-t-il.

© Esteban Vargas Roa© Esteban Vargas Roa

L’étranger devenu familier

Un an après leur rencontre, Nami et son nourrisson Nikyou s’envolent pour Santiago. Un périple spontané, rythmé par le hasard. Logés dans la maison de famille de l’artiste, mère et fils s’accoutument à ce nouveau territoire. « Nikyou s’est fait très vite à cet environnement – ainsi, ce qui était étranger est devenu familier », commente Esteban Vargas Roa. Durant leur périple, le Chili connaît une révolution sociale qui évoque à Nami la situation politique à Hong-Kong (le territoire indépendant protestant contre un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine continentale, NDLR). « Nous avons commencé à partager une expérience similaire, en comparant ces deux scénarios », précise-t-il.

En étudiant les slogans des manifestants, ils découvrent un mantra : « Be water », invitant le peuple à trouver de nouveaux moyens de protester, pour éviter la répression du gouvernement. Une instruction qui influence leur voyage au cœur du pays. Immergés dans la nature chilienne, la modèle et son fils se fondent dans le paysage, épousent les éléments. Ensemble, ils deviennent cette eau, ce symbole de liberté et de fusion. Le photographe, depuis toujours attiré par la pop culture asiatique, trouve dans cette collaboration un moyen de concilier son amour pour son pays d’origine et pour l’Orient. « La manière de Nami de percevoir la famille comme une communauté, et la relation profonde que j’ai nouée avec elle ont considérablement influencé mes images », ajoute-t-il. Resplendissants, sous la lumière du soleil, mère et fils tissent des liens entre deux mondes étrangers, et forgent une connexion durable.

© Esteban Vargas Roa© Esteban Vargas Roa

© Esteban Vargas Roa

© Esteban Vargas Roa© Esteban Vargas Roa

© Esteban Vargas Roa

© Esteban Vargas Roa© Esteban Vargas Roa

© Esteban Vargas Roa

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© Esteban Vargas Roa

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