Durant trois ans, Rosa Rodríguez a voyagé dans la région arctique pour réaliser The White Line. Une série documentaire capturant la splendeur du territoire – ainsi que son lent déclin.

« Je m’intéresse tout particulièrement aux sociétés, et à la manière dont elles influencent chaque être humain. Dernièrement, j’ai étudié les communautés qui nouent des liens avec la nature, et qui se battent pour la préserver », raconte Rosa Rodríguez. La photographe espagnole s’est tournée vers le médium dès son enfance – une manière de documenter sa propre évolution. « Je suis née dans une famille qui n’était pas intéressée par l’image. À l’âge de douze ans, je n’avais presque aucune photo de moi, et j’ai réalisé l’importance d’immortaliser ses souvenirs », se souvient-elle.

Depuis, l’auteure ne cesse de capturer le monde qui l’entoure et l’inconnu, qui l’attire. Voyageant aux quatre coins du monde, elle s’immerge dans des cultures étrangères et s’efface, pour mieux capter leur essence. Pour réaliser The White Line, la photographe s’est aventurée dans les territoires glacés du Grand Nord. Durant trois ans, elle a vécu avec les Inuits du Groenland, les Nénètses de Sibérie et les Samis de Laponie. Des peuples autochtones vivant une existence incomparable à la nôtre.

La beauté des lieux, la résilience des peuples

« Ce projet est né d’un événement personnel : ma mère a passé les trois dernières années de sa vie nourrie par intraveineuse. Après son décès, j’ai ressenti le besoin de retourner aux racines de la nature humaine. Là où il n’y a pas d’artifice, là où la nature décide si l’on meurt ou non », confie l’artiste. Face à la beauté des paysages immaculés, Rosa Rodríguez découvre une nature impressionnante et fragile, indomptable et vulnérable. « Je perçois la région arctique comme un grand territoire unique, dont la frontière est le climat. Lorsqu’on s’en approche, les arbres rétrécissent, puis disparaissent : c’est à ce moment que l’on réalise qu’on a atteint notre destination », explique-t-elle.

Sans forêt, les panoramas s’étendent à perte de vue, et les glaciers, sculptures impressionnantes, deviennent des œuvres d’art colossales. Le blanc domine la série de l’auteure espagnole. Il aveugle et efface l’horizon. Dans cette étendue fantomatique, quelques traces seulement révèlent la présence d’êtres vivants – une giclée de sang, des bois d’animaux, un manteau de fourrure… Là-bas, la vie est rude, et les hommes ne survivent qu’en respectant leur environnement. Si la photographe illustre avec brio la splendeur des lieux et la résilience des peuples, elle donne aussi à voir un espace en déclin. « Jusqu’à maintenant, l’Arctique a été protégé par son climat, mais la hausse des températures transforme l’écosystème et la vie des habitants – ces conséquences sont la véritable raison de ce projet », conclut-elle. Dans l’immensité opaline, elle nous invite à trouver les failles, les cicatrices qui font, peu à peu, surface.

© Rosa Rodríguez