Habitué des séries aussi esthétiques qu’incongrues, le photographe Nicolas Boyer, né en 1972, signe Iran(s), et capture les multiples visages d’une société dynamique, en quête de liberté. 

« Enfant du 20e siècle, né avec une télévision à trois chaînes, j’ai été fasciné, à 7 ans, par les images signées Jean Gaumy représentant des femmes en noir tenant des kalachnikovs. Ce sont des clichés iconiques à forte persistance rétinienne », déclare le photographe parisien Nicolas Boyer. Après avoir capturé le charme insolite du Japon, le photographe s’est rendu en Iran. Deux voyages d’un mois qui le plongent dans un tourbillon visuel, duquel ressortent quelques trésors, pris sur le vif. « Ce pays, politique par essence, m’est apparu inaccessible jusqu’au jour où j’ai décidé de le prendre à bras le corps, précise-t-il. Contrairement à mon travail au Japon, cette série suit une logique pure de reportage. »

Combinant son amour de l’humour et de l’esthétique, l’auteur capture l’espace public, et sa théâtralité naturelle. Plaçant ses sujets au centre de chaque image, il fait du spontané une scène d’opéra. « J’aime isoler un sujet pour le mettre en lumière, faire ressortir son inscription dans son environnement naturel – c’est aussi un moyen de réaliser un travail documentaire de “relevés d’archétypes humains” », commente-t-il.

Une mosaïque ethnique

De jour comme de nuit, Nicolas Boyer parvient à saisir la dramaturgie d’un moment. Espaces déserts, foules, saynètes nocturnes et soleil blanc s’opposent dans son Iran. Une dichotomie inspirée par l’histoire du pays. « Le territoire est comme Janus, ce dieu romain des commencements et des fins, traditionnellement représenté avec deux visages, l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir », raconte le photographe. Si l’Iran porte la marque des conflits passés, notamment les huit années de guerre contre l’Irak, sa richesse et sa beauté captivent. « C’est une mosaïque ethnique, et un concentré de paysages variés : on y trouve les déserts les plus chauds du monde autour de Kerman, les campagnes de la province de Gilan qui évoquent les Alpes, et, au nord de Téhéran les chaînes de montagnes culminant à 5200 mètres », précise-t-il. Une géographie extrême, dont les cultures et coutumes variées révoquent l’idée d’une société tiraillée entre traditionalisme et modernisme.

Au cœur de cet espace hétéroclite, Nicolas Boyer fait l’éloge de la diversité. Perdu dans la foule, ou immergé dans le silence d’un lieu, il capte les instants intimes, les rires et la nostalgie. Ses sujets, sociables comme solitaires, se livrent avec une honnêteté déconcertante à son regard, tantôt hilares, tantôt vulnérables. Avec la dérision qui le caractérise, l’auteur fait le portrait d’une société énergique, animée par un désir d’évolution, et de liberté.

© Nicolas Boyer