Dans Chers à canons, première partie du projet « Méduse » exposée au festival Circulation(s), Mathieu Farcy réimagine des portraits de gueules cassées. Un projet élégant et humain.

Éducateur spécialisé de formation, le photographe français Mathieu Farcy établi à Amiens, continue, par le prisme du 8e art, son dialogue avec l’autre. Ses différents travaux tentent de comprendre la place de l’Homme dans la société et proposent des récits humains et singuliers. Chers à canons, série exposée au festival Circulation(s), est le premier chapitre d’un projet au long cours intitulé « Méduse ». Un travail complexe au sein duquel les participants prennent part à la création autant que le photographe lui-même.

Cette première partie transforme des portraits de gueules cassées en œuvre sobres et dignes. « Ce sont des images d’archives, qui appartiennent au musée du Val-de-Grace, explique Mathieu Farcy, elles représentent des soldats de la première Guerre Mondiale, ainsi qu’une infirmière, également défigurée. » Sur les tirages métalliques, cependant, les blessures ont été camouflées par un bandeau noir. Une sorte de pansement artistique, installé par le photographe. Une création aussi plasticienne qu’humaniste.

Être artiste, c’est soigner les plaies

« Ce bandeau noir évoque à la fois un trou, un manque, et bien sûr, cet espace que l’on se représente. Il invite également à réimaginer les visages, et leurs parties manquantes », précise Mathieu Farcy. Inspiré par une des citations de la plasticienne française Annette Messager – « être artiste, c’est à la fois montrer les plaies, et les soigner dans le même mouvement » – l’auteur redonne une beauté, une élégance à ces personnages. Devenu sculpteur, il remodèle les visages et fait oublier, l’espace d’un instant, l’horreur de la guerre. Pourtant, l’esprit humain ne peut s’empêcher de songer aux ruines qui se cachent derrière le bandeau. Une contradiction captivante. Héros ou victimes, vainqueurs ou blessés, les créations de Mathieu Farcy semblent interroger le public : qu’existe-t-il, derrière cette bande noire ? L’apparence suffit-elle à définir l’humain ? L’art peut-il soigner les blessures ? Une série délicate et philosophique.

© Mathieu Farcy