L’artiste franco-britannique Mahaut Harley réalise des collages délicats composés d’images d’anciens magazines de charme et transforme la « femme-objet » en une femme libre.

« Je suis une collectionneuse. Je collectionne les magazines, les livres, les papiers… Tout ce qui peut m’être utile. Et puis, je creuse. Je ne cherche rien de spécifique, je me fie simplement à mon instinct pour créer un bazar créatif qui se transforme ensuite en un collage délicat », raconte Mahaut Harley. L’artiste franco-britannique s’est d’abord intéressée à la peinture, avant de se tourner vers le collage. Passionnée par l’iconographie vintage, elle fouille dans des archives d’une autre époque pour réaliser des œuvres contemporaines et féministes. « J’aime cette idée de recycler une image en lui donnant une nouvelle signification. On m’a un jour dit que mon travail s’apparentait à un DJ qui remixerait des vinyles, j’ai trouvé cela très poétique », précise-t-elle. Surréalistes et raffinés, ses collages jouent avec les corps féminins et les matières – ses œuvres prennent souvent vie sur des enveloppes – et nous invitent à nous interroger : la nudité est-elle vraiment synonyme de désir ?

Reprendre possession de nos corps

Confrontée à des études de nu durant ses cours de dessin, Mahaut Harley réalise rapidement qu’elle ne perçoit pas le corps et la sexualité comme la plupart des gens. Intriguée, elle mène l’enquête, à travers ses créations, et déconstruit les courbes sexualisées des magazines de charme. « Nous vivons dans un monde où tout est tabou. Les tétons sont censurés, et notre sexualité fait partie de la sphère privée. Or selon moi, on ne peut être nous-mêmes qu’en étant complètement nus. Pourquoi en faire toute une histoire ? » s’amuse-t-elle. En contrepoint, l’artiste fait de ses collages des images engagées, et se révolte contre l’image – toujours plus vulgaire – de la femme. « Je souhaite reprendre possession de nos corps, en les révélant de manière subtile. Je proteste contre l’objectification à outrance, car je crois en la poésie, le romantisme et le mystère », confie Mahaut Harley.

Avec une pointe d’ironie, l’auteure détourne l’iconographie pornographique en découpant les corps des pages libidineuses. Sur ses enveloppes, les silhouettes féminines deviennent gracieuses, délicates, la transparence et l’opacité du papier jouant avec la pudeur, cachant et dévoilant certains détails. Si cette industrie sexiste est sa première source d’inspiration, l’artiste souhaite aujourd’hui rendre son travail plus universel. « Je veux réaliser des œuvres qui parlent à tout le monde. Je ne souhaite pas promouvoir un seul type de corps, mais créer des collages qui représentent toutes les femmes », conclut-elle. Une initiative aussi engagée qu’élégante.

 

 

 

 

 

 

 

© Mahaut Harley