Le photographe Aron Klein est fasciné par les coutumes des Balkans. Sa série Kukeri explore d’étranges rituels, pratiqués par des « chasseurs de démons » dans les montagnes bulgares.

Il y a quelques années, Aron Klein se rend en Bulgarie pour la première fois afin d’y organiser un festival. Il y découvre avec curiosité le folklore balte et décide de le documenter. « Je suis tombé profondément amoureux de ce petit coin de l’Europe figé dans le temps et oublié de tous, raconte le photographe, de ses villages minuscules, baignant dans les mythes, les traditions mystérieuses. » Là-bas, il découvre le Kukeri, une pratique ancestrale répandue dans les montagnes des Balkans. Les hommes deviennent des sorciers combattant les mauvais esprits. Leurs visages sont dissimulés par des masques de bois aux gravures guerrières et aux traits bestiaux. Autour de leur taille, des cloches retentissent au rythme de leur pas de danse. Un rituel véritablement ensorceleur.

Un folklore délaissé

Ce sont ces hommes qui habitent les images d’Aron Klein. Forts, intimidants, ils se placent au cœur du décor et interrogent. « Je voulais que la composition des photographies soit la plus simple possible, pour que les costumes, les personnages, la beauté des paysages soient sublimés », explique le photographe. Dans les étendues pâles d’une Bulgarie enneigée, les couleurs vives des costumes semblent s’intensifier. Une représentation noble de ces traditions oubliées. « Dans notre société, la cérémonie et le rituel ne font plus partie de nos habitudes. J’étais attiré par l’idée de documenter l’existence de ces communautés », confie Aron. Chaque cliché présente un personnage unique, issu de contes bulgares. Un mythe commun les réunit, mais leurs histoires se construisent à partir de légendes bien distinctes, variant d’un village à l’autre. Les habits des hommes tentent de retranscrire ces subtilités. « Chaque année, ils se déguisent de la même manière, ils interprètent la même créature. Ils passent toute la journée dans la peau de leur personnage. » Et de la neige bulgare, le récit d’Aron Klein émerge : « Une étude du magique. »

© Aron Klein