C’est au bord de la mer que Raul Guillermo, photographe péruvien de 28 ans, se ressource et trouve l’inspiration. Un prétexte pour documenter le passage de l’homme sur la terre. Entretien.

Fisheye : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Raul Guillermo : Avant de m’installer à Paris, je vivais aux États-Unis, et je considérais la photographie comme un loisir, une excuse pour sortir. Elle a commencé à compter dans ma vie quand j’ai traversé l’Atlantique, en 2016. Désormais, il s’agit de mon médium de prédilection.

Comment êtes-vous devenu photographe ?

Après mes études de management à Grenoble (Grenoble École de Management), j’ai étudié pendant un an au sein de l’école Spéos, à Paris. Durant mon cursus, j’ai suivi un cours d’Identité visuelle (Visual identity, ndlr). C’est à ce moment-là que j’ai compris l’importance de développer son propre style, son propre langage. Surtout, cette formation m’a permis de savoir comment exprimer mes sentiments. Car j’aime transmettre et provoquer des émotions. Une bonne photo est une image à laquelle je peux m’identifier.

Aujourd’hui, quel rapport entretenez-vous avec l’image ?

Il m’est difficile d’imaginer un monde sans images, sans musées et sans galeries. La photographie m’est aujourd’hui vitale. Non seulement, elle est l’outil indispensable me permettant de raconter des histoires, mais elle m’aide aussi à appréhender le monde et à l’analyser – que l’on se situe dans le passé, le présent ou le futur.

Comment définiriez-vous votre approche photographique ?

Aujourd’hui, la frontière entre le documentaire et le fine art est fragile. Je développe une esthétique qui m’est propre, à la frontière de ces deux champs. Je pratique la photographie documentaire en associant toujours un regard d’auteur.

Vous avez réalisé trois séries autour d’un sujet précis : Plage isolée ; Plage isolée – I’m here ; et Plage isolée – closed windows. Comment est née cette fascination pour la plage ?

J’ai toujours vécu proche de la plage, à Lima notamment. En arrivant à Paris, j’ai ressenti le besoin de me rapprocher de la mer. Je me suis alors rendu à Étretat, et j’ai été fasciné par le paysage qui s’offrait à moi. J’ai ainsi développé une approche systémique en photographiant différents lieux en France. J’ai aussi visité la Normandie et la Bretagne, et j’ai voyagé à Biarritz, à Marseille ou encore à Angoulême. La mer symbolise le commencement et la fin, un horizon très inspirant. Quand je l’observe, je suis fasciné par sa texture et son mouvement. Les plages, surtout en hiver, me procurent énergie et paix.

Si la plage est un sujet central de votre travail, vous photographiez d’autres éléments…

J’ai réuni mes images en trois chapitres afin de traiter de l’architecture, des gens sur la plage et de leurs traces. Je suggère une ambiance et j’espère que le spectateur pourra lui aussi se ressourcer en ces lieux. Il s’agit d’un reflet de moi-même que je souhaite partager. La plage est un prétexte pour évoquer les ambiances de vie des villes en bord de mer.

Peut-on voir un message écologique dans ce travail ?

Je laisse à chacun la liberté d’interpréter mes images, mais il est certain que les bords de mer sont des espaces fragiles et voués à disparaître. Je me positionne comme un observateur essayant de témoigner des transitions. Parmi tous les pays que j’ai traversés, je considère que la France est l’un des plus respectueux de l’environnement. J’ai souvent trouvé une cohabitation viable entre l’homme, la nature et le bâti. Contrairement au Pérou, où la mer est le dernier des soucis des constructeurs.

Quelle est votre image favorite ?

Il ne s’agit pas d’une image représentative de mon travail ; cela dit, j’aime ce qu’elle incarne. On aperçoit une piscine et on devine le bord de mer, un entre–deux calme, aux couleurs pastel. Ici, la plage est suggérée. J’ai réalisé cette image au Havre. Je me souviens avoir attendu plus d’une heure pour pouvoir photographier cet espace vide.

Le rapport entre homme et territoire est un fil rouge dans vos travaux…

Nous vivons dans un monde créé de toutes pièces par l’homme. Nous sommes tous en relation. J’aime révéler le lien qu’entretient l’homme avec son environnement. J’analyse comment l’être humain s’approprie les espaces, que ceux-ci soient maritimes ou urbains. Par exemple, dans Paris Grandiose, je propose une vision sarcastique de la capitale française. Tout le monde magnifie cette ville et je voulais montrer que, comme dans toutes les grandes métropoles, des problèmes d’immigration ou de pauvreté demeurent. J’invite à observer le beau dans le banal. Dans City itself, un projet réalisé au Maroc, à 19 km au nord de la ville d’Agadir, je documente les effets du tourisme de masse sur la vie locale.  Une occasion de documenter les mouvements de populations.

Comment construisez-vous vos séries ?

Si je me fie à mon intuition, j’effectue tout de même des recherches en amont pour dénicher des lieux qui ne sont pas nécessairement touristiques. Ce sont les traces de l’homme que je poursuis. Je me nourris de travaux réalisés par d’autres aussi, comme Luigi Ghirri ou Wolfgang Tillmans.

Vous êtes membre de l’équipe Meero depuis plus d’un an. Est-ce que cette collaboration a fait évoluer votre approche photographique ?

En travaillant au sein du pôle Photo Relations chez Meero, je suis la qualité photographique et opérationnelle de nos photographes hispanophones. On peut dire que je suis un conseiller technique et artistique aussi. Je les accompagne dans leur démarche professionnelle lors du premier shoot avec Meero, tout en suivant leur intégration dans notre communauté. Depuis que je travaille avec Meero, j’ai approfondi ma technique photographique et m’ouvre à de nouveaux horizons, comme le portrait.

Un projet à venir ?

J’aimerais que mes plages soient déclinées sous la forme d’un livre et une exposition. Avec cette déclinaison, j’espère que les spectateurs pourront s’approprier ces espaces. Je poursuis également la série Paris Grandiose. Un projet qui évolue au rythme de mes pérégrinations urbaines.

© Raul Guillermo / Meero