Retour sur les lieux du crime… C’est au musée Réattu que sont nées les Rencontres d’Arles il y a 50 ans, à l’initiative de Lucien Clergue, de l’écrivain Michel Tournier, et de Jean-Maurice Rouquette, conservateur du musée arlésien. Et c’est de nouveau dans ce lieu que sont présentées We Were Five, une exposition historique sur l’École de Chicago apparue dans les 1950 outre-Atlantique ; et Éloigne-moi de toi, une proposition d’Annabel Aoun Blanco, jeune artiste franco-libano-vénézuélienne de 32 ans. Deux expositions exemplaires de l’esprit des Rencontres.

C’est dans le grenier du musée réaménagé par Jean-Maurice Rouquette au milieu des années 1960 pour accueillir la première collection photographique d’un musée français que se tient aujourd’hui une magistrale exposition qui met en lumière un épisode méconnu de l’histoire du 8e art. Françoise Paviot, qui signe le commissariat de We Were Five, fait ici un vrai travail d’historienne en nous présentant les 5 photographes publiés en 1961 par la revue Aperture – fondée entre autres par Minor White, dix ans plus tôt.

Du Bauhaus à l’Institute of Design,

Ils sont donc cinq photographes : Joseph Jachna, Kenneth Josephson, Ray K. Metzker, Joseph Sterling et Charles Swedlund, sélectionnés par Aaron Siskind, leur professeur à l’Institute of Design de Chicago, à publier leur portfolio dans Aperture. Une publication manifeste pour affirmer la rigueur et la diversité d’un enseignement qui fera école. Il faut remonter un peu en arrière pour bien saisir le sens de ce geste. Après sa création en 1919 en Allemagne, le Bauhaus – la célèbre école artistique qui célèbre ses 100 ans cette année – les professeurs fuient l’Allemagne nazie, et Lázló Moholy-Nagy, un de ses plus fameux enseignants, est invité à diriger le New Bauhaus de Chicago en 1938 – qui deviendra School of Design, puis Institute of Design.

© à g.  Kenneth Josephson, à d. The Estate of Joseph Jachna

Minor White et Harry Callahan

La photographie est particulièrement bien enseignée dans cet établissement, on y retrouve de prestigieux auteurs comme Aaron Siskind, Harry Callahan et Minor White, entre autres. L’exposition nous permet de mettre en perspective les travaux des professeurs (les tirages sublimes de Minor White et Harry Callahan justifient à eux seuls le déplacement) et de leurs étudiants – qui enseigneront à leur tour à l’Institute of Design. L’exposition présente aussi d’autres élèves, avec un focus particulier sur Brabara Crane, seule femme à l’honneur, dont l’œuvre prolifique est illustrée par plusieurs travaux.

Apparitions/disparitions

Après ce volet qui met en lumière une partie méconnue de l’histoire de la photographie, nous découvrons les intrigantes images d’Annabel Aoun Blanco, qui explore les « passages » entre photo et vidéo, entre vie et mort, en utilisant des dispositifs interrogeant les questions de représentation. Associant une matière, un geste et une figure humaine, et décline plusieurs apparitions/disparitions au pouvoir magnétique. Empreintes de masques dans du sable, du plâtre ou de la cendre, des visages émergent, révélés par la lumière avant de disparaître mystérieusement. Il est évidemment aussi question du temps et de l’impossibilité de le saisir, de l’arrêter, même si plusieurs de ces œuvres semblent l’étirer, comme les images de la série Le Mandylion qui nous ont retenus longuement.

 

Deux catalogues (éditions SilvanaEditoriale) accompagnent ces expositions au musée Réattu , il est à noter que celui de We Were Five est absolument nécessaire pour qui s’intéresse à l’histoire de la photographie.

 

We Where Five

Cinq étudiants de l’Institute of Design et la revue Aperture

Jusqu’au 29 septembre 2019

 

Annabel Aoun Blanco

Éloigne-moi de toi

Jusqu’au 29 décembre 2019

© à g. Kochi Prefecture, à d. The Estate of Ray Metzker / Courtesy Howard Greenberg Gallery

© The Estate of Joseph Sterling

© à g. Barbara Crane, à d. Charles Swedlund

© Trustees of Princeton University

© Aaron Siskind Foundation

© à g. László Moholy-Nagy, à d. László Moholy-Nagy / Arthur Siegel

© The Estate of Ray Metzker / Courtesy Howard Greenberg Gallery