Jusqu’au 22 juillet, la Maison Guerlain accueille Piquées, une exposition signée Charlotte Abramow, dédiée aux apicultrices formées dans le cadre du programme Women for Bees. Un événement engagé faisant l’éloge de la sororité − et de notre planète.

Depuis sa création, Guerlain s’attache à révéler les femmes artistes − en leur confiant la décoration de leurs vitrines, la confection de leurs flacons… En 2017, l’exposition Les Femmes vues par les femmes −Révélation réaffirme cette volonté. Quatre ans plus tard, la Maison se tourne vers la photographie et accueille Femmes en Regard, un événement collectif réunissant des tirages de femmes qui ont marqué leur époque. Parmi elles ? La photographe et vidéaste belge Charlotte Abramow. Une collaboration qui se renouvelle cette année à travers Piquées, une exposition alliant le regard engagé de la jeune artiste à Women for Bees, un programme créé par Guerlain en partenariat avec l’UNESCO, destiné à former de nouvelles apicultrices − un métier majoritairement masculin. Une initiative dans l’ère du temps, visant à étudier les bénéfices de la pollinisation à travers le monde et parrainée par l’actrice Angelina Jolie. « Nous avons à cœur de contribuer concrètement à la protection de l’abeille, l’un des plus précieux prodiges de la nature, tout en ayant un impact social positif. Chacun d’entre nous, chaque organisation a un rôle à jouer pour œuvrer pour un monde plus beau et plus responsable. Guerlain tient à faire sa part, avec autant d’humilité que de conviction », explique Véronique Courtois, présidente de la Maison.

Faire preuve de finesse

C’est au cœur de la Provence, à l’Observatoire français d’Apidologie de Mazaugues, durant l’été 2021 que Charlotte Abramow est partie à la rencontre de sept apicultrices. Là-bas, dans la chaleur estivale, elle découvre la sororité qui lie les femmes − une connexion aux abeilles dont elles s’occupent. « C’est un parallèle entre deux groupes au service de la nature, de l’équilibre et du renouvellement de la vie », commente la photographe qui, comme à son habitude, s’immerge dans le quotidien de ses modèles pour faire ressortir leur beauté, tout comme leur force et leur singularité. Une véritable douceur émane de ses images, une bienveillance palpable, sublimée par les tons chauds propres à la région française où elle se trouve. Cette délicatesse, Charlotte Abramow la souligne également à travers sa collaboration avec l’atelier Baqué Molinié qui a brodé chaque photographie à la main, plaçant des abeilles sur leur surface, et les reliant à l’aide de fils dorés.

Pourtant, malgré la splendeur des œuvres exposées au 68 avenue des Champs Élysées, une autre réalité – celle de l’urgence environnementale – s’installe. « J’ai constaté les effets déjà présents du réchauffement climatique. Sécheresse, conditions extrêmes, abeilles moins nombreuses, peu de miel… J’ai ressenti cette tension et cette anxiété et j’aimerais la retranscrire pour tirer l’alarme. Les abeilles comme piliers de l’environnement sont une urgence », déclare l’artiste. Teintées par cette angoisse sous-jacente, ses créations se font menaçantes. L’omniprésence du soleil rappelle la multiplication de canicules et l’importance d’agir. Et, protégées par leurs combinaisons, les apicultrices semblent même sorties d’un récit dystopique, seules survivantes d’un monde toxique. Avec Piquées, Charlotte Abramow fait une nouvelle fois preuve de finesse. En jouant avec la splendeur des paysages, la complicité de ses modèles, elle parvient à faire planer, en toile de fond, la menace de plus en plus présente − et pressante − du réchauffement climatique.

© Charlotte Abramow