MYOP s’installe à nouveau au cœur de la cour de l’Archevêché d’Arles, du 4 au 9 juillet. Au programme ? DJ sets, concerts, lectures, podcasts… Et une toute nouvelle exposition sobrement intitulée Travaux en cours.

Rendez-vous désormais traditionnel de la première semaine des Rencontres, MYOP in Arles réinvestit cette année encore la cour de l’Archevêché. Un « espace de soleil et de poussière proposant une librairie, une scène ouverte et l’exposition de 22 regards », comme l’affirment les membres de l’agence. Cette année, entre lectures, podcasts live, concerts et autres DJ sets, les photographes de MYOP ont choisi de révéler leur vulnérabilité. Le titre de leur accrochage collectif ? Travaux en cours. Une manière pour les auteurs et autrices de donner à voir leur processus créatif, les expérimentations et les tâtonnements qui composent les séries. Car pour tous et toutes les photographes de MYOP, les images exposées forment un projet en réalisation. Un croquis d’un tout qui sera ensuite abouti. Une belle manière de renforcer les liens au public, en lui permettant de pénétrer dans les coulisses, dans l’envers du décor, là où les trucs et astuces qui convoquent la magie sont mis à nu. Et ce chantier est également l’occasion de découvrir les clichés des dernières recrues de l’agence : Laurence Geai, Zen Lefort, Michel Slomka, Adrienne Surprenant et Chloé Sharrock. De nouvelles écritures venant développer davantage la portée des récits proposés.

©  à g. Ed Alcock / à d. France Keyser / Myop

Cheminements du moment

Divisée en quatre chapitres – le premier consacré aux projets d’édition, le second à What’s up, un projet de l’agence, le troisième aux séries documentaires et le dernier à la guerre en Ukraine – Travaux en cours révèle donc la diversité des membres de MYOP. Entre travail de mémoire et souvenirs intimes, voyages et engagements en terres étranges, les photographes affichent ici les thématiques qui leur tiennent à cœur. Dans la lignée de son travail sur le Royaume-Uni, au lendemain de l’annonce du Brexit, Ed Alcock s’interroge aujourd’hui sur « la façon dont le paysage est étroitement lié à l’identité nationale ». « Les poètes, les écrivains et les artistes sont inspirés par des sites de beauté naturelle, de puissance industrielle ou militaire. Les œuvres qu’ils produisent deviennent un moyen puissant de maintenir et de célébrer le sentiment d’identité d’un peuple », poursuit-il. Olivier Laban-Mattei et Lisandru Laban-Giuliani s’intéressent quant à eux au quotidien des Groenlandais, habitué·es des aléas climatiques depuis des siècles. Leur résilience impressionnante est cependant aujourd’hui mise à mal par l’incertitude de notre futur. Un conte poétique et monochrome interrogeant l’urgence climatique.

© à g. Agnès Dherbeys, à d. Ulrich Lebeuf / Myop

« Sur les 156 242 orphelins coréens listés entre 1953 et 2004, 15 000 ont été accueillis en France. J’étais l’une d’entre eux », déclare Agnès Dherbeys. En 2013, elle développait Omone, une immersion dans ses origines et les piliers de son identité. Dans Donne-moi un sens de toi, l’autrice fait cette fois le portrait des femmes de son village de naissance, et redonne une voix à des êtres laissés sous silence. Après s’être envolé vers New York pour rejoindre sa compagne Sheila, une jeune Américaine, Alain Keler poursuit son épopée du continent dans son hémisphère sud. En août 1973, il voyage au Mexique et débute son périple en terres latines. Une aventure qu’il immortalise dans America, Americas Latina.

Enfin, en écho aux tristes événements ayant secoué l’année 2022, Chloé Sharrock fait de Fragments un hommage poignant aux victimes de la guerre en Ukraine. « J’ai toujours puisé mon inspiration photographique dans des tableaux de grands maîtres, confie-t-elle. Mais face à la violence de corps morts, j’ai réalisé que cette fois-ci, mes photos ne pouvaient pas prétendre aux mêmes aspirations représentatives. » Bouleversée, elle réimagine ses compositions, son goût pour l’esthétisme pour parvenir à montrer la violence sans jamais la figer de front. Adrienne Surprenant, quant à elle, révèle les infimes moments d’humanité dans l’horreur du conflit. Avec sensibilité, la reporter parvient à capter les hommages silencieux, les gestes de réconforts, les instants d’entraide qui forment des ilots de douceur presque surréels dans un univers où toute trace de compassion semble avoir disparu. Ainsi, d’histoire en histoire, d’espace en espace, les photographes de MYOP partagent leurs explorations, leur cheminement du moment. Un exercice inédit à découvrir du 4 au 9 juillet.

© à g. Olivier Laban-Mattei, à d. Adrienne Surprenant / Myop

© à g. Olivier Monge, à d. Michel Slomka / Myop

© à g. Laurence Geai, à d. Pascal Maitre / Myop

© à g. Guillaume Binet, à d. Julien Pebrel / Myop

© à g. Oan Kim, à d. Pierre Hybre / Myop

© à g. Stéphane Lagoutte, à d. Olivier Jobard / Myop

© à g. Zen Lefort, à d. Alain Keler / Myop

© à g. Chloé Sharrock, à d. Julien Daniel / Myop

© à g. Marie Dorigny, à d. Jean Larive / Myop

Image d’ouverture : © Olivier Laban-Mattei / Myop