Menart Fair à Bruxelles : une édition à la croisée des genres

02 février 2023   •  
Écrit par Ana Corderot
Menart Fair à Bruxelles : une édition à la croisée des genres

Pour sa troisième édition, Menart Fair, la foire internationale d’art moderne et contemporain consacré à l’art du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, investit les couloirs de la Fondation Boghossian – Villa Empain, à Bruxelles. Un évènement nécessaire en Europe qui fait la part belle à la scène artistique africaine et orientale, et plus particulièrement aux artistes femmes. À découvrir du 3 au 5 février 2023.

En août dernier, à l’occasion de l’exposition Au bord du monde vivent nos vertiges – présentée à l’Abbaye de Jumièges – nous échangions avec Laure d’Hauteville, alors commissaire de l’exposition, au sujet de son amour durable pour les pays du MENA et surtout de son besoin de révéler à l’internationale une scène artistique trop longtemps reléguée au second rang. Une mission qu’elle a choisi d’incarner à travers la création de Menart Fair, une foire internationale d’art moderne et contemporain consacré à l’art du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Lancé en 2021 à Paris et après une réédition en 2022 couronnée de succès, l’évènement revient pour le week-end du 3 au 5 février, et sera accueilli par la  Fondation Boghossian – Villa Empain, à Bruxelles.

Plus qu’une foire, Menart entend « crée[r]des ponts et permet[tre] de tisser des liens » entre les disciplines artistiques et les nationalités. C’est donc dans ce lieu phare de l’art déco que plus de 250 œuvres d’art et de design, réalisées par près de 146 artistes représenté·es par 24 galeries internationales, seront dévoilé·es. Sept des galeries exposantes seront consacrées à la photographie : Bessières, Ayn Gallery, Tanit, Hunna Art, Nathalie Obadia, Zalfia Halabi et In Situ – fabienne leclerc. De l’Afrique du Nord au Proche-Orient, en passant par l’Iran et les pays du Golfe, l’évènement nous invite à la découverte d’horizons créatifs et d’ambitions sans frontières. Youssef Nabil, Yasmina Hilal, Marion Boehm et Roger Moukarzel, Serge Najjar… Seront au rendez-vous des écritures aux inspirations diverses, associant parfois du collage à des archives, et du portrait ou de la photographie street-art.

Désireuses de mettre davantage en lumière la fécondité et la singularité des arts dans ces régions du monde, Laure d’Hauteville et Joanna Chevalier – curatrice et directrice artistique – mettent l’accent sur une programmation à 42 % féminine. « Plus d’une trentaine d’artistes présent·es sont des femmes. C’est un constat ponctuel, tel que d’autres nous sont venus à l’esprit : origine géographique, période de création, figuratif ou abstrait… » Un coup de projecteur essentiel qui s’est imposé comme une évidence dans un continent encore trop largement influencé par des idéaux patriarcaux.

© Eman Ali

© Eman Ali

La création l’emporte sur le sexe

Faire de la place à la diversité, éveiller les regards, multiplier les prises de paroles et les initiatives positives… Il y a dans l’essence même de la Menart Fair une volonté évidente de soutien et de partage envers des créateur·rices sous représenté·es. « La place de l’artiste femme en Afrique du Nord, au Proche-Orient, dans le Golfe ou en Iran, n’est ni simple à caractériser ni semblable partout : elle varie d’un point à l’autre de ce continent transversal, d’une décennie à l’autre, selon la longitude et l’histoire locale, la proximité avec l’Orient ou l’Occident, le radicalisme politico-religieux ou la tolérance… », écrit Laure d’Hauteville. Au-delà d’une mise en lumière globale, la foire révèle des actrices éminentes de la scène contemporaine du MENA à travers la présence de galeries d’art engagées. On retient notamment la Hunna Art gallery, fondée à Dubaï en 2021 par Océane Sailly, qui présente uniquement des femmes artistes issues des pays du Golfe.

Parmi elles, la photographe omanaise Eman Ali – révélée pour la première fois dans une foire – dont l’œuvre mêle idéologies de genre, religieuses et sociopolitiques – a retenu l’attention de Laure d’Hauteville. « Il y a cette image de deux jeunes femmes dans le désert, aux visages masqués par une sorte de boules à facettes faite d’aluminium. Elles m’interpellent spontanément, et le spectateur aussi. C’est comme si elles nous disaient “regardez-moi tant que vous le souhaitez, c’est votre reflet que vous verrez”. J’aime l’idée que l’autre dise tout de nous », confie-t-elle. Dans ce parcours artistique féministe, la Menart Fair ne revendique pas pour autant le caractère genré de sa programmation. Ici, la création se veut placée avant toute chose. Car dans les yeux de Laure d’Hauteville, le genre importe peu là où les arts circulent, s’entremêlent et s’apportent mutuellement. C’est véritablement les origines et les racines plurielles qui font la force des messages transmis. Balade dans des territoires où la créativité tient lieu d’étendard de liberté, Menart Fair est à suivre de près, surtout quand on vient de loin.

© Youssef Nabil

© Yasmina Hilal© Marion Boehm et Roger Moukarzel

À g. © Yasmina Hilal, à d. © Marion Boehm et Roger Moukarzel

© Yasmina Hilal

© Yasmina Hilal

© Eman Ali© Eman Ali

© Eman Ali

© Eman Ali© Serge Najjar

À g. © Eman Ali, à d. Serge Najjar

© Serge Najjar© Serge Najjar

© Serge Najjar

© Georges De Kinder

La Fondation Boghossian – Villa Empain © Georges De Kinder

Image d’ouverture © Eman Ali

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