Les acteurs arlésiens de la photo ont débattu de la place des Rencontres d’Arles lors de la conférence de clôture, dimanche 8 juillet. Inattendu, ce moment a eu le mérite de mettre les sujets de discorde sur la place publique et de poser les bonnes questions.

Personne ne l’avait vu venir. Dans la torpeur de ce dimanche 8 juillet, à l’ombre des platanes de la rue du Docteur-Fanton, se tenait la traditionnelle conférence de clôture des Rencontres d’Arles. Que de bonnes nouvelles pour Sam Stourdzé, le directeur du plus important festival de photo au monde depuis 4 ans ! 18 500 festivaliers lors de la semaine d’ouverture, soit 6 % de plus qu’en 2017, dont 3 400 Arlésiens, 129 événements publics avec les artistes et les commissaires, des visiteurs de plus en plus internationaux, et des mécènes de haut vol qui se rapprochent du festival. 7 000 téléchargements de la nouvelle application et deux tiers des billets vendus en ligne. Le tout coiffé par un budget de nouveau en hausse à 7,2 millions d’euros provenant à 23 % de financements publics, 5 % de soutien aux contrats aidés, 54 % de recettes propres (billetterie et librairie) et 18 % de mécénat.

Et puis Maryse Cordesse – nièce de Gaston Defferre et membre de l’équipe fondatrice des Rencontres d’Arles – s’est levée pour poser une question. Toujours citée et souvent discrète, elle a dérogé à la règle. « J’ai mal dormi hier suite à la lecture d’un article paru dans La Provence qui disait que vous aviez signé avec Lille pour l’Institut pour la photographie. Je sens que quelque chose se trame. Les Rencontres doivent rester à Arles. L’importance de la Métropole lilloise ne doit pas faire oublier que tout est né ici », clame-t-elle avant de rappeler que la ville de Lyon avait essayé, dans les années 1980, d’attirer la manifestation et qu’elle l’en avait dissuadé. Le pavé était jeté dans la mare. Elle faisait ici référence à l’accord signé avec la région des Hauts-de-France qui prévoit l’ouverture d’un lieu de 3 000 mètres carrés dédié à la photo et initié en collaboration avec les Rencontres, à la place de l’ancien lycée Édouard-Lalo en plein centre-ville piéton de Lille. Avec un investissement initial de 3 millions d’euros. Pourtant, rien dans ce projet lillois ne laisse présager un quelconque déménagement. Au contraire.

La photo doit rester à Arles

Le maire d’Arles, Hervé Schiavetti, a assuré la nécessaire présence de la photo à Arles : « Je comprends le sentiment des fondateurs, mais il est évident que la photo doit rester à Arles. Je crois en la volonté des acteurs en présence de faire d’Arles le cœur de leur projet. Au niveau du département, je plaide pour que tout ce qui concerne la photo ne se fasse qu’à Arles. » Sam Stourdzé, visiblement étonné par cette tirade, rappelait que la présence des Rencontres en Chine ou à Lille renforçait la visibilité de l’association à l’international. Mais il évoquait aussi la relative précarité quant aux lieux d’expositions. « À la veille du 50e anniversaire du festival, je n’ai aucune visibilité sur les lieux d’expositions pour 2019, à part l’abbaye de Montmajour avec qui nous avons signé une convention triennale. Mon prédécesseur a démissionné sur la question des locaux, je ne suis pas dans la polémique, mais le problème reste entier. La fondation Luma nous fait confiance, comme la Ville. Mais sans visibilité à moyen terme, nous ne pouvons travailler dans des conditions dignes. Nous réinventons le territoire en découvrant des lieux tous les ans, mais cela relève presque du militantisme. Nous poursuivons notre objectif, et pour que les Rencontres puissent continuer de rayonner dans le monde, nous avons besoin d’espaces. »

Dimanche 8 juillet, dans la cour de Fanton, à Arles. Sur l’estrade, Aurélie de Lanlay, Sam Stourdzé et Hervé Schiavetti. Au premier rang de dos : Anne Clergue, Maryse Cordesse, et à droite, Maja Hoffmann. © Benoît Baume

Réunir les choses

À ce rappel, Hervé Schiavetti a répondu. « Depuis 40 ans, nous mettons des espaces à disposition des Rencontres. Des milliers de mètres carrés. Mais les budgets sont votés annuellement, et il est impossible pour nous de donner une visibilité sur plusieurs années. Nous avons trouvé la solution pour construire une nouvelle école, nous travaillons aussi activement avec la communauté de communes à la mise à disposition du site rive droite du Rhône [les Papeteries Étienne, ndlr] afin de créer un grand projet avec les Rencontres et celui qui en sera son directeur. » Le maire d’Arles a ajouté une information importante : la vente à la Fondation Luma du Magasin électrique, situé au parc des Ateliers et destiné initialement à accueillir les bureaux des éditions Actes Sud. Ceci aurait eu lieu juste peu de temps avant l’ouverture du festival.

Maja Hoffmann, mécène des Rencontres d’Arles et fondatrice de la Fondation Luma à Arles, tenait alors à rappeler son attachement aux Rencontres : « Si j’ai investi le parc des Ateliers, c’est évidemment dans la lignée des Rencontres. Je veux garder la photo au cœur de mon projet. Le clash a eu lieu dans le passé, mais pas avec moi. Maryse, je comprends ton désarroi, mais je suis là pour aider les Rencontres. Laissons passer le 50e anniversaire, et nous devrions peut-être revoir le modèle des Rencontres pour qu’elles s’ouvrent plus à l’international. Pour l’ouverture de ma Fondation, en 2020, nous devons réunir les choses. Par contre, développer un nouveau projet de l’autre côté du Rhône ne serait pas raisonnable. Arles ne pourrait se permettre d’avoir deux lieux dédiés à l’image et à la création. » Pour saisir cette mise au point, mieux valait être un fin connaisseur du contexte local.

Et c’est Sam Stourdzé qui a conclu cette conférence – moins apaisée que prévu : « Avant, nous nous appelions les “Rencontres internationales de la photographie” ou plus communément les “RIP”. Un acronyme à la signification funeste [“Requiescat in pace”, en latin, soit “Qu’il repose en paix”, ndlr], et c’est tout ce contre quoi je me bats. Cela n’arrivera jamais aux Rencontres. » Un moment rare qu’il ne fallait pas manquer.

© William Wegman avec l’aimable autorisation de la foundation for the exhibition of photography design ABM Studio.