Au cœur de la septième édition du Festival l’Œil urbain ? Le Brexit et la Grande-Bretagne. Une thématique brûlante qui réunit une dizaine de photographes et qui mérite une virée, sur fond de The Clash et The Cure, à Corbeil-Essonnes.

« Le monde se cherche (…) Oui, le monde se cherche, et l’Europe aussi. Certains veulent en sortir, d’autres y entrer. En sortir parce qu’en pleine crise de confiance, habités par une volonté protectionniste, nous avons peur de l’autre, même de notre voisin. Y entrer parce qu’aux prises avec des conflits politiques, économiques ou écologiques sans précédent, l’Europe est pour certains perçue comme un refuge ». La co-fondatrice de l’Œil urbain Élisabeth Hebert, rappelle une vérité, aujourd’hui inébranlable. Pour cette septième édition, le directeur artistique Lionel Antoni et elle ont choisi de questionner l’histoire de l’Europe et ses identités.

« Tout est football, le football n’est pas le sujet » annonce Kent Grant, un photographe qui vit et travaille à Liverpool. Depuis les années 1980, ce dernier documente les rituels et rassemblements de l’équipe de football de sa ville. Ses images noir et blanc ne sont qu’un prétexte pour dépeindre la vie sociale entre 1986 et 2004. « On a gagné, ils ont perdu » clament souvent les supporters. Comme le football, son projet A tropical times for these times, The Liverpool Football Photographs rassemble. Retour en France avec Planète Z, une série réalisée par Jeanne Frank. L’artiste a photographié l’Immeuble Mosaïque et ses fans de foot du Red Star.

© Ken Grant / Neutral Gray

Stéphane Duroy a quant à lui choisi de dépeindre la condition humaine sous l’ère Tatcher. Mineurs, chômage ouencore racisme… Durant trente ans, il a assemblé la grande et la petite Histoire. Avec Distress (Détresse), il réactualise les injustices sociales. Yan Morvan a lui aussi capturé les réminiscences d’une société en pleine effervescence à travers sa série Anarchie au Royaume-Uni. Dans ses images noir et blanc, émeutes, punk et jeunes se mélangent pour dépeindre un monde en cours de modernisation.
Gilles Favier propose quant à lui un flash-back à la fin des années 1980. Il y documente le conflit nord-irlandais, et les effets de la mort de Bobby Sands. L’agence Ostkreuz propose un portrait historique et sensible de Berlin, durant la chute du mur de Berlin. Ute Mahler, Werner Mahler et Maurice Weiss livrent un portrait poignant d’une ville entre les temps. Une belle découverte.
Olivier Jobard a quant à lui suivi une famille – l’iranien Akbar et sa femme roumaine Dana et leurs deux enfants – depuis le hangar de Sangatte jusqu’à la banlieue de Birmingham. Le rêve anglais compte une histoire d’amour peu commune.

© Olivier Jobard / MYOP

Vivre le fantasme français

« All That Life Can Afford rassemble quelques-unes des milliers de photographies que j’ai prises dans les rues de Londres au cours des vingt dernières années », annonce ensuite le street photographe Matt  Stuart. « Les occasions sont rares d’observer les gens sans qu’ils ressentent le besoin de se mettre en scène. C’est le cas dans la rue ».  Instants insolites ou banals, l’artiste photographie les passants au naturel et avec beaucoup d’humour. En résultent des tests d’acuité visuelle. « Plus on pratique, et plus la chance nous sourit, ajoute ce dernier, s’il y a un instant décisif, il y en a plein d’autres non décisifs ». Un photographe aussi drôle que ses images qui inspirera les photographes fascinés par l’urbain.

© Matt Stuart / MAPS

Beaucoup d’humour également dans le travail Another country, signé Rip Hopkins. « Le Brexit a constitué la plus grande catastrophe de ma vie », précise le photographe belgo-britannique. À Corbeil-Essonnes, il donne à voir 31 portraits de Britanniques venus s’installer en France. Leur point point commun ? Ils sont tous venus pour « vivre le fantasme français » et posent tous dans de drôles de positions. Le photographe est parvenu à installer un rapport intime avec ses modèles, qui n’hésitent pas à repousser leurs limites. « Elle était déjà nue sur son âne quand je suis arrivée pour la photographier », précise-t-il devant une de ses images. Un travail personnel et documentaire.
Cyril Abad s’est rendu à Blackpool, une station balnéaire située au nord-ouest de l’Angleterre. Dans cette ancienne cité mondaine aujourd’hui classée parmi les plus pauvres du pays, plus de 67% des votants se sont exprimés en faveur du Brexit. Le photographe français a vécu dans cette ville surréaliste afin de comprendre ce positionnement. Des photographies de rue témoignant du tourisme gris. Une escapade au cœur d’une Europe délaissée.

Les images de Jean-Christophe Béchet, de Pascal Rivière et Anne Desplantez complètent cette septième édition.

Jusqu’au 19 mai 2019, à Corbeil-Essonnes.

© Rip Hopkins / Galerie Le Réverbère / Agence VU’

© Cyril Abad / Hans Lucas

© Stéphane Duroy / Agence VU’

© Yan Morvan

© Rip Hopkins / Galerie Le Réverbère / Agence VU’