Lors de son week-end d’inauguration, le festival Les femmes s’exposent a dévoilé les trois lauréates de son édition 2022. Lumière sur Livia Saavedra, Émilie Arfeuil et Laetitia El Hakim.

Placée sous le signe de la résilience, la cinquième édition des Femmes s’exposent, festival dédié aux talents féminins, a été inaugurée le 8 juin dernier. Et durant ce week-end d’ouverture, les lauréates des deux prix photographiques et de la bourse Liban ont été promues. Une manière de lancer cette édition 2022 en affirmant à nouveau une des valeurs chères au festival : la valorisation des femmes photographes. Livia Saavedra (Prix Fujifilm), Émilie Arfeuil (Prix SAIF) et Laetitia El Hakim (Bourse Liban) ont donc été récompensées par les membres du jury, défendant chacune une écriture singulière, une identité bien définie.

Les multiples nuances d’un monde complexe

Née à Paris de parents réfugiés politiques argentins, Livia Saavedra s’est formée à Gobelins, puis au photojournalisme à l’EMI-CFD, d’où elle sort diplômée en 2002. Depuis, elle ne cesse de poser un regard doux et sensible sur les conflits français, comme internationaux. Au cœur de son reportage Les sages-femmes du Chocó elle met en avant les travailleuses afrodescendantes et indigènes appelées parteras, qui accompagnent bénévolement les femmes dans l’accouchement. Leur savoir, fruit d’héritages de nombreuses cultures, lie communication avec les esprits, sorcellerie et christianisme. Armées de leur sagesse, de leurs plantes et de leurs rituels, elles s’imposent comme les gardiennes de leur communauté.

© Livia Saavedra, lauréate du Prix Fujifilm

Avec Hylé, Émilie Arfeuil poursuit son exploration des identités et des transformations. « En grec ancien, Hylé désigne la matière première du monde, la matière originelle dont chaque chose est faite (…) J’ai fabriqué un monde merveilleux peuplé de chimères où il est presque impossible de distinguer les entités vivantes des non-vivantes, organiques, minérales ou cosmiques », explique-t-elle. Révélant des détails dans l’obscurité totale grâce à des pigments sensibles aux rayons UV, l’artiste se réapproprie les corps et les formes et donne à voir un univers transcendant les genres, les sexualités, les normes.

Passionnée par les dynamiques sociopolitiques qui affectent le Liban et sa culture, Laetitia El Hakim s’intéresse, à travers Domestica (f.), à la place des femmes dans son pays d’origine. « Au Liban, celles-ci sont toujours considérées comme des citoyens de seconde zone ; nous nous battons encore pour nos droits les plus élémentaires : droit de garde, droit de donner la nationalité libanaise à nos enfants, droit à l’avortement, etc. », précise-t-elle. S’inspirant de sa propre histoire – son père qui, face au désintérêt de sa mère pour la cuisine en assure la prise en charge – l’autrice imagine une œuvre poétique interrogeant les rôles et leur inversion au sein d’une société extrêmement codée.

Du photojournalisme aux explorations plastiques, du réel à l’abstrait en passant par l’onirisme, les lauréates de l’édition 2022 partagent les multiples nuances d’un monde complexe tout en réimaginant la place des femmes en son centre.

© à g. Laetitia El Hakim, lauréate de la bourse Liban, à d. Emilie Arfeuil, lauréate du Prix SAIF

Image d’ouverture : © Livia Saavedra