« La citoyenneté, ça se cultive ! » Tel est le thème de la sixième saison photographique, exposée à l’Abbaye Royale de l’Épau. Dans ce lieu magnifique, onze photographes s’interrogent sur notre rapport à l’environnement, à la mémoire et à l’évolution de la société. Un programme à découvrir jusqu’au 4 novembre.

L’Abbaye Royale de l’Épau, monument à l’architecture cistercienne, fondée en 1229 accueille, depuis 2013, des expositions photographiques. Cette année, les différents artistes s’interrogent sur un thème commun : la citoyenneté. Enjeux philosophiques, idéologiques et environnementaux se répondent et interrogent le visiteur : Comment nos sociétés vont-elles évoluer ? Quelles sont leurs différences ? Au cœur des 13 hectares du parc, des clichés ornent le paysage, et présentent les univers de plusieurs artistes : Thomas Pesquet, Tim Franco, Guy Le Querrec, Daesung Lee, Marc Pouyet & Maité Milliéroux, Corentin Fohlen et Leila Alaoui. Voyages en terres inconnues et découvertes de cultures étrangères révèlent les multiples facettes du terme « citoyenneté », et éclairent des zones d’ombre du monde entier.

La danse, pour mieux rêver

À l’intérieur du bâtiment se trouvent les œuvres de trois photographes – Clément Szczuczynski, Gérard Uféras et Fredrik Lerneryd – réunis autour d’un thème fédérateur : la danse. Pour amateurs comme professionnels, ce sport est une passion, un moyen abstrait de dialoguer lorsque les mots manquent et un symbole d’espoir. En suivant le quotidien de différents danseurs, les photographes présentent des portraits touchants d’artistes en devenir.

Fredrik Lerneryd, jeune photojournaliste suédois vit à Nairobi depuis deux ans et demi. Là-bas, il découvre un bidonville appelé Kibera. Un lieu bercé par de multiples cultures, et à la mauvais réputation. En s’immergeant dans l’atmosphère du lieu, le photographe découvre Anno’s Africa, une association britannique proposant des activités diverses dans les écoles de Kibera. Parmi celles-ci, la danse. « Je me souviens de la première fois que j’ai vu ces enfants », confie Fredrik, « La cloche sonnait à peine qu’ils balayaient le sol, déplaçaient des bancs lourds, et s’habillaient de leur justaucorps de danse. Ils transformaient ce lieu sombre en une salle de danse ». Ces leçons attirent l’attention d’une école de danse, Dance Centre Kenya, et de sa directrice Cooper Rust, qui invite les jeunes élèves à participer à ses cours. « C’est un moyen pour eux de rêver à un avenir meilleur, de croire en eux », conclut Fredrik. Ses images dévoilent des lieux obscurs révélant les costumes aux couleurs vives et les visages déterminés des enfants du bidonville.

© Fredrik Lerneryd

Dans les coulisses de l’opéra

À ses côtés, Gérard Uféras présente son travail, réalisé dans trois hauts lieux de la danse : le Ballet national de Paris, le Théâtre Bolchoï de Moscou, et La Scala à Milan. En 1988, alors qu’il est encore membre de l’agence Vu, le photographe commence une série autour de l’opéra. « Ça a percé quelque chose en moi, et j’ai travaillé pendant treize ans sur les grands opéras d’Europe », précise Gérard. Alors qu’il pense mettre ce pan de sa carrière derrière lui, une commande de l’Express l’aide à retrouver cet émoi de premières images, dans les coulisses des ballets. « C’est une merveille de travailler sur ce thème », ajoute l’artiste. « J’ai toujours eu une gourmandise particulière à travailler avec des gens qui étaient passionnés par ce qu’ils faisaient ». Et la passion est omniprésente dans l’exposition. Les corps en extension, capturés dans les airs, rappellent la force d’une discipline toujours plus exigeante. Mais les œuvres de Gérard Uféras subliment également la délicatesse. Dans les jeux d’ombre, dans le détail d’une main ou l’expression d’un regard, les danseurs dévoilent leur grâce et leur dévouement au photographe. « C’est finalement exactement la même chose que les jeunes danseurs de Fredrik », déclare, avec malice, le photographe. « Ce sont des enfants qui sont tombés dans le monde de la danse et qui ont tout fait pour poursuivre leur rêve ».

Par le biais de cette discipline, les œuvres des trois photographes abordent d’autres thématiques : l’espoir et la passion, mais aussi la douleur et la pauvreté. Un art au centre des questionnements citoyens.

© Gérard Uféras

© Fredrik Lerneryd

© Clément Szczuczynski

© Deasung Lee

© Corentin Fohlen

© Guy Lequerrec

Image d’ouverture : © Fredrik Lerneryd