Les lecteurs de Fisheye connaissent bien Kevin Faingnaert, ce photographe belge de 32 ans dont nous avons publié les catcheurs saisis sur les rings d’Europe, et exposé les images prises aux Îles Féroé l’an dernier. Son nouveau travail est une plongée dans la vallée du Jiu, en Roumanie, à la découverte des mines de charbon qui ont fait la fierté du pays à l’époque communiste et seront fermées en fin d’année en raison d’une directive environnementale de l’Union européenne. La Vallée de Jiu sera présentée à la Fisheye Gallery à partir du 31 octobre. 

Kevin Faingnaert a suivi des études de sociologie, c’est un élément à ne pas perdre de vue pour comprendre la démarche du jeune photographe belge, qui s’intéresse aux communautés vivant en marge de la société et en brosse le portrait à travers ses images. Ses documentaires sociaux décrivent avec finesse les liens qui unissent les personnes aux objets et aux paysages. C’est ce que l’on retrouve dans cette nouvelle série que Kevin Faingnaert rapporte de Roumanie, où il a arpenté durant un mois la vallée du Jiu, située au cœur des Carpates, en Transylvanie. « La Roumanie est un pays européen à deux heures d’avion de la Belgique, et c’est vraiment un tout autre un monde », déclare le photographe, qui s’est intéressé aux mines de charbon ayant façonné le pays au cours des quarante années de l’ère communiste. « Ces villes ont été bâties à partir de rien, pour l’industrie du charbon. Je voulais documenter ce qu’ils ont construit et ce qu’ils sont sur le point de perdre », précise Kevin.

Paysages sans perspective et regards vides

En 1979, les mines employaient plus de 179 000 mineurs. Aujourd’hui, ils sont moins de 10000, et seules cinq mines restent en activité. La technologie archaïque, les mauvaises conditions de travail et les directives de l’Union européenne (visant à réduire l’impact du réchauffement climatique et à encourager les sources d’énergie renouvelable) obligent la plupart des mines à fermer dès la fin de l’année. Et c’est de fait tout un monde en train de basculer qu’enregistre Kevin Faingnaert à travers ses paysages, souvent sans perspective, qui font écho aux regards vides des mineurs rencontrés. En plus des visages et des paysages, il montre les intérieurs des habitants. « Je voulais rencontrer des gens sur les places de la ville, voir à quoi ressemblait leur chambre, ce que sentait leur cuisine, ce qu’ils pensaient de l’avenir, explique le photographe. J’ai vite compris que la situation politique et économique dans le monde se reflétait dans ces villes minières et dans leur histoire. »

Son approche documentaire, sa frontalité, alliée à l’usage d’un appareil moyen format argentique confèrent aux photographies de Kevin Faingnaert une force et une subtilité rares. On y ressent toute la nostalgie des habitants, parmi lesquels certains sont aujourd’hui très démunis. « Il y a beaucoup d’anciens mineurs qui volent du charbon partout où ils peuvent pour chauffer leurs maisons, rapporte le photographe. La plupart des anciens mineurs de la vallée du Jiu regrettent vraiment les mines. » Kevin Faingnaert évoque aussi la fraternité perdue que certains tentent de préserver, comme Mario, qui joue de la trompette dans la fanfare de la mine, maintenant ainsi les liens avec ses camarades. À sa manière également, le photographe nous donne à voir son empathie avec ce monde qui disparaît, comme une petite musique en mode mineur.

Vernissage le lundi 29 octobre à la Fisheye Gallery

© Kevin Faingnaert