Cette année, ImageSingulières, l’ETPA et Mediapart lançaient la première édition de leurs deux prix photographiques. Une initiative visant à soutenir les jeunes photographes. Ce sont les travaux de John Trotter et Valentin Russo qui ont su séduire le jury.

Alors que le Festival de photographie documentaire ImageSingulières fête ses dix ans, l’événement s’associe à l’École de Photographie et de Game Design (ETPA), Mediapart, et lance deux prix, visant à soutenir les projets de photographes émergents. Le 12 mai dernier, le jury de cette première édition – composé notamment de Pierre Barbot (président de l’association CéTàVOIR), Gilles Favier (directeur artistique du festival) et Sophie Dufau (rédactrice en chef de Mediapart) – a choisi de récompenser les travaux de Valentin Russo et de John Trotter. Le premier, actuellement étudiant en Beaux-Arts, à Londres, part à la découverte d’un village islandais, Stöðvarfjörður, éloigné de toute civilisation et plongé dans l’obscurité la plupart de l’année. Le second met en lumière l’impact de l’homme sur le fleuve Colorado.

John Trotter : une vie en sursis

Photojournaliste de formation, le photographe américain John Trotter découvre rapidement les dangers auxquels l’expose son métier. En 1997, en plein reportage, John se retrouve confronté à la violence du terrain. Lorsqu’un groupe de jeunes gens l’attaque sauvagement, le blessant au cerveau, il est laissé pour mort. Plusieurs années passent et son rétablissement a su nourrir son inspiration. À travers la photographie, il documente son retour miraculeux à la vie. En 2001, il voyage au sud-ouest des États-Unis, et commence son travail sur le Colorado, un fleuve de 2300 kilomètres. Son voyage l’emmène au Mexique, en Californie, jusque dans les Montagnes Rocheuses. Sorti grandi de son passé douloureux, il documente avec sagesse cette source d’eau dont dépendent 40 millions de personnes. Il raconte l’histoire d’un fleuve mis à mal, divisé par des barrages, dans le but de servir sept États américains, ainsi que le Mexique. « Nous avons désespérément besoin, en tant que société, de comprendre les coûts et les conséquences de nos désirs », déclare-t-il. « Mon projet explore l’ignorance des Américains vis-à-vis de leur principale ressource vitale. Inévitablement, notre nation paiera pour son orgueil et son égoïsme ». Un projet d’une grande noblesse écologique.

© John Trotter