Après quelques mois de travaux, la Fondation Henri Cartier-Bresson ouvre les portes d’un nouvel espace au sous-sol. En parallèle, Jan Groover, Laboratoire des formes, une rétrospective inédite sur l’artiste américaine est dévoilée. Virée dans un univers surréaliste où rien n’est laissé au hasard. Une exposition à découvrir jusqu’au 12 février 2023.

La Fondation s’agrandit ! Après l’annonce de l’arrivée de Clément Chéroux – nouveau directeur – un espace de 100 m2 situé au sous-sol s’ouvre au public. À l’occasion de son inauguration, le Tube présente une exposition des travaux de Martin Parr et d’Henri Cartier Bresson sur l’Angleterre des années 1960 et celle d’aujourd’hui. Accompagnée d’un court-métrage avec des interventions d’Henri Cartier Bresson, et d’un beau livre, Réconciliation, Henri Cartier-Bresson et Martin Parr est un véritable exercice de style. Mettant en regard deux écritures divergentes, elle dévoile pour autant des images assez similaires dans le ton et le sujet.

Après ce détour liminaire et documentaire, le passage s’impose dans l’espace du Cube, où une rétrospective inédite sur Jan Groover est accueillie. Artiste américaine décédée en 2012, Jan Groover a eu un impact considérable sur « la reconnaissance de la photographie couleur ». Retraçant toutes les évolutions de l’artiste, l’exposition présente des épreuves vintages en noir et blanc et en couleurs, ainsi que des carnets préparatoires et quelques Polaroïds. Rendue possible grâce à la donation des archives de l’artiste à Photo Élysée en 2017, Jan Groover, Laboratoire des formes, nous projette dans les élans créatifs d’une artiste singulière.

© Jan Groover / Photo Elysée Fonds Jan Groover

Un art essentiel

« Tout est à réinventer. » Tel un leitmotiv, ces quelques mots résonnent tout au long de l’exposition. Diplômée d’arts plastiques, Jan Groover s’est progressivement tournée vers le médium photographique pour créer un univers hybride. De ses premiers diptyques, en passant par ses polyptyques en couleurs, jusqu’à ses natures mortes picturales, l’exposition file à mesure que les images s’assemblent et se disloquent. Dans ce choeur photographique à la sensibilité profonde, une obsession pour les choses se dessine. D’abord le va-et-vient des voitures, puis les ustensiles de cuisine, et enfin les corps et le vivant. Désireuse d’approfondir ses créations, de creuser les sujets qu’elle observe pour en dévoiler toutes leurs potentialités, Jan Groover façonne un visuel didactique, une sorte de sémantique du détail. Embarqué·e·s dans cette recherche conceptuelle de l’environnement, on se plaît à jouer au jeu des sept erreurs, à déceler les différences, à capter l’absence d’un élément ou sa disparition au profit d’un autre.

À l’instar de l’artiste qui « fabrique sa propre vision », nos interprétations subjectives sont les bienvenues. Le regard s’attarde sur la minutie de ses peintures photographiques, ou sur ses vanités délicates. Puisqu’en effet, chez Jan Groover la nature morte réveille et révèle le passage de la vie ou de celle d’existences invisibles. Des traces de doigts sur une pelle à tarte, une louche recouverte de plantes exotiques, des mains qui s’effleurent et se touchent avec pudeur, un chat étendu au milieu de légumes verts… L’artiste laisse un espace considérable à la tendresse, et cherche à multiplier les procédés de création. Fruit d’un imaginaire surréaliste, et d’un travail expérimental, ses compositions minutieuses revendiquent son influence majeure sur l’art pictural au sein du 8e art. Polyvalente et curieuse, Jan Groover a fait de son quotidien un laboratoire de créativité, et a conféré à l’éphémère le droit de se réinventer.

 

 

 

 

 

© Jan Groover / Photo Elysée Fonds Jan Groover