Belle édition pour le 10e anniversaire du rendez-vous de la photographie documentaire à Sète. Le festival propose une quinzaine d’expositions à découvrir jusqu’au 27 mai, dépêchez-vous d’y aller !

Avouons d’emblée que nous avons un faible pour ce festival installé à Sète depuis dix ans et qui, à chaque édition, nous offre des expositions de qualité sur la photographie documentaire, au sens large. Un sens encore élargi cette année si on pense à la résidence de Stéphane Couturier, un photographe connu pour une approche photographique qui s’aventure sur le terrain des plasticiens. L’artiste, représenté par la Galerie Particulière, a mis au point un dispositif qui associe deux images prises au même endroit, au même moment, afin de reconstruire l’espace et proposer une « synthèse du lieu ». Une manière aussi de figurer la persistance rétinienne, à laquelle s’ajoutent, sur certaines compositions, des touches de peintures empruntées aux tableaux de Fernand Léger.

Si l’architecture de la ville est revisitée par Stéphane Couturier, on découvre également les superbes images de Gabriele Basilico auquel le festival rend hommage. Le photographe italien a en effet réalisé une très belle collection de clichés sur le littoral dans le cadre d’une mission de la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale). Des photos en noir et blanc, à la chambre, mise en valeur à l’ancien collège Victor-Hugo. Dans ce même lieu, à l’étage, c’est les Horizons occupés du Moyen-Orient qui sont étudiés. Andréa & Magda, deux auteurs dont nous vous avons déjà parlé, proposent en quatre volets une exploration de l’imaginaire induit par cette fabrique de paysages. Un travail étonnant sur lequel nous reviendrons prochainement.

© Stéphane Couturier

Les coups de cœur de la rédaction

Le festival nous permet de retrouver l’univers poétique de Martin Bogren, qui nous entraîne dans une Italie rêveuse et fantasmée, avec un noir et blanc délicat et subtil. On découvre aussi le monde inquiétant et baroque du Chilien Mauricio Toro Goya qui, avec ses ambrotypes colorés ou en noir et blanc, multiplie les références à l’histoire de l’art et à l’histoire politique sud-américaine. L’anniversaire de Mai-68 nous permet de nous plonger dans les archives du quotidien France-Soir, et les archives de l’agence Roger-Viollet dressent une belle fresque sur les luttes féministes au XXe siècle – visible à la gare de Lyon, à Paris.

On ne va pas tout vous raconter : l’expo de la nouvelle agence Maps, les dix ans de photo sur les favelas au Brésil de João Pina, les Yakuzas de Chloé Jafé… mais on ne résiste pas à vous parler d’un de nos gros coups de cœur découvert lors de la projection anniversaire. Il s’agit de Rafael Trobat, photographe espagnol d’une cinquantaine d’années, qui a travaillé pendant dix-huit ans au Nicaragua. Une saga photographique intitulée Aquí, junto al agua. Nicaragua exposée au festival en 2012, et qui n’a malheureusement jamais été présentée ailleurs en France. Espérons que l’on puisse revoir ce travail exceptionnel dans lequel chaque image est une surprise.

© Martin Bogren / Vu’

© João Pina

© John Vink / MAPS

© Tony Bosco / Fonds France-Soir – BHVP / Roger-Viollet