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La scène est classique. C’est le soir (ou le midi, peu importe) : attablé avec une poignée d’amis, vous sirotez un verre de vin à la table de votre bistrot préféré, lorsque le serveur arrive avec les plats. Laitue en volutes, arabesques de tomates cerises et vinaigre balsamique par touches impressionnistes… Aussitôt sa salade Little Italy posée devant elle, votre amie Amélie (ou votre ami Sébastien) dégaine son Smartphone. Clic-clac. Instagram. #BonAppétit.

Prendre en photo le contenu de son assiette. Les Américains appellent cette pratique « food porn« , en référence au rendu sensuel, voluptueux et presque érotique des photos de nourriture publiées sur le papier glacé des magazines. Avec l’avènement des réseaux sociaux et l’explosion des blogs culinaires, la foodographie est devenue une pratique aussi courante que le selfie. Au point que certains restaurateurs, gênés par les flashs, les trépieds et les clients debout sur leur chaise, ont commencé à afficher sur leurs menus un pictogramme interdisant les photos. « On essaye d’encadrer les photos avant que ça ne devienne le cirque« , explique au New York Times David Bouley, restaurateur à Manhattan. Pour empêcher les photos intempestives, un restaurant de Los Angeles est allé jusqu’à offrir une remise de 5 % à ses clients qui acceptent de déposer leur Smartphone à l’entrée.

Au-delà du dérangement causé par les flashs et autres appareils encombrants à table, les cuisiniers condamnent l’interruption et la désacralisation de l’expérience gustative qui résultent de ces pauses photo répétées. Les restaurateurs reconnaissent tout de même la visibilité et la publicité gratuite qu’offre une photo appétissante postée sur Twitter, Facebook ou Instagram. Au même titre qu’une carte de visite ou un encart glissé dans le journal local, ces clichés d’assiettes participent à la diffusion du restaurant sur les réseaux sociaux. C.T.