Jusqu’au 17 décembre, le festival Fictions Documentaires, organisé par l’association GRAPh, dévoile le point de vue de plusieurs photographes sur le monde contemporain. Pour cette sixième édition, les femmes sont à l’honneur et portent haut et fort les luttes pour la protection de la planète !
Dans cette édition 2022 de Fictions Documentaires, l’accent est mis sur les inquiétudes des nouvelles générations et sur la capacité des artistes contemporain·e·s à imaginer des mondes nouveaux. Par leur regard, les photographes exposé·e·s sensibilisent le spectateur à l’état du monde actuel, en mélangeant documentaire et narration. Un croisement des genres s’imposant comme un formidable terrain de jeu, permettant à la fois de se saisir d’enjeux journalistiques actuels, et de bâtir des récits personnels déployés grâce aux techniques de l’art contemporain. Collage, métaphore, mise en scène, symbolisme… le genre photographique entend dévoiler le regard d’un·e artiste sur un fait de société.
« Cette diversité de propositions et de mises en œuvres révèle combien les fictions documentaires voient des artistes de différentes origines et de différentes générations s’attacher à traduire des préoccupations contemporaines inscrites dans des communautés ou partagées de façon plus universelle » affirme Christian Gattinoni, commissaire du festival. Et cette année, l’anxiété écologique et la guerre sont les deux grands thèmes de prédilection des auteurices invité·es : Parmi elleux, Annika Haas dénonce l’effet de serre dans sa série The Greenhouse Effect alors que Tiphaine Populu de la Forge, à travers Solastalgia, dresse un parallèle entre des photographies de maisons délabrées et les images de notre planète prises par l’agence spatiale européenne, l’ESA. Lumière sur leurs travaux.

© Annika Haas

Éco-anxiété : un cri d’alerte pour une planète fragile

Ce sont les inquiétudes écologiques de la jeune génération que scénarise l’artiste estonienne Annika Haas, dans The Greenhouse Effect. Ce projet au long cours est dédié aux jeunes venu·es de son pays qui affrontent des problématiques dues à la surconsommation, au gaspillage et à l’exploitation agressive des ressources naturelles. Mais il vise aussi  à sensibiliser la jeune population aux techniques pour préserver l’environnement et consommer autrement, à la conservation de la nature et aux manières de minimiser l’empreinte écologique grâce à leurs contributions personnelles. Au cœur des images d’Annika Haas, on perçoit la banlieue de la capitale estonienne, Tallinn, autrefois composée de parcelles de jardins et dont la présence de nombreuses serres abandonnées lui confèrent des allures apocalyptiques. Dans des mises en scènes troublantes, l’artiste fait poser ses modèles avec des bâches en plastique, tantôt enveloppant leur corps tantôt sortant de leur bouche.

Le fil rouge de l’environnement est également repris par Tiphaine Populu de la Forge, dans sa série Solastalgiaun néologisme construit sur l’anglais solace dérivé du latin solacium signifiant « consolation, réconfort » et algie, suffixe emprunté à nostalgie et traduit par « douleur » en français. Ce concept, inventé en 2003 par Glenn Albrecht, décrit le sentiment de profonde détresse que nous pouvons ressentir face au spectacle imposé de la dégradation de la nature. Inspirée par ce dernier, la photographe met en parallèle des ruines domestiques et des images prises par l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Selon elle, les murs rejouent le paradigme de la terre malade, polluée ou artificialisée, brûlée ou inondée et matérialisent la complexité de notre rapport aux enjeux environnementaux. Par ces associations, les spectateurices assistent alors à la fissuration de tout un système, d’une planète qui devrait être notre espace d’habitation.  En rapprochant ces deux niveaux de perception, l’intime et le global, Tiphaine Populu de la Forge illustre parfaitement la finitude de la Terre et sa dégradation face à notre manque de soin.

 

Retrouvez toutes les informations sur le programme,  à découvrir jusqu’au 17 décembre. 

© à g. Tiphaine Populu de la Forge, à d. Ymane Fakhir

© Marianne et Katazina Wasowska

© Tiphaine Populu de la Forge

Image d’ouverture : © Annika Haas