Jusqu’au 29 octobre, la Galerie Écho 119 présente la série On the shore of a vanishing island du photographe sud-coréen Daesung Lee. Un conte environnemental et humain poétique à découvrir promptement.

L’île de Ghoramara est située à 92 km au sud de Calcutta en Inde, à la frontière du golfe du Bengale. D’environ cinq kilomètres carrés, l’île n’est peuplée que de quelques habitants, pêcheurs ou agriculteurs qui sont pour la plupart autosuffisants. Mais depuis des années déjà, l’eau gagne du terrain et l’érosion fait disparaître au compte-gouttes les quelques espaces terrestres, pour laisser place à l’absence. C’est sur cette même île que le photographe sud-coréen Daesung Lee a figé ce qui subsiste malgré le désastre. En 2011, il a passé plus d’un mois sur les traces de Ghoramora, se laissant aller à la rencontre inopportune de sa population, souhaitant rendre compte, avant tout, d’autrui. Au-delà des problèmes écologiques et environnementaux, il désirait révéler l’humain, les résidents et résidentes qu’on oublie trop vite, dont on ne parle pas forcément, qui étaient et sont toujours relégués au second plan par le gouvernement indien. « Un jour, cette île où ils sont nés ne sera plus qu’un souvenir », déplorait le photographe dans un entretien au Monde. Près de onze ans plus tard et dans un contexte de plus en plus précaire, sa série On the shore of a vanishing island est exposée à la Galerie Écho 119.

Là, au cœur de l’espace apaisant de la galerie, les œuvres de Daesung Lee sont présentées dans un calme latent. La pièce, dénuée du bruit parasite des animations humaines, nous emporte sur le rivage − sans bruit lui aussi − d’une presque-île qui bientôt ne sera plus. À l’orée de sa disparition certaine, Ghoramara et sa population se dévoilent frontalement et se racontent avec beaucoup de douceur. Imprimés sur du papier de chanvre − une idée proposée lors du Prix photo Dahinden pour lequel Daesung Lee a reçu le Prix du Public 2021 − les portraits prennent une tout autre apparence : granuleuse, laiteuse presque picturale. D’une approche documentaire, Daesung Lee crée une narration sujette à de nombreuses interprétations. Il laisse ses personnages s’offrir à nous par leur simple présence, nous confrontant presque par leurs regards tendres, vaillants, s’attardant parfois vers l’horizon. Un horizon que nous peinons à percevoir, qui nous apparaît aussi incertain que submergeant. Pourtant, de façon systématique, les silhouettes résistent dans un paysage qui s’efface, elles nous appellent pour que nous réalisions enfin ce qui est en train de dérouler sous nos yeux, mais que nous feignons de ne pas voir.

© Daesung Lee

Conserver ce qui s’en va

Dénoncer, prévenir et interpeller : telles seraient les maîtres mots du travail de Daesung Lee, toujours transmis en poésie. Jamais misérabiliste, jamais dérangeant, le discours de l’artiste suggère. Désirant représenter authentiquement la population locale, il nous montre alors des différents corps de métiers et visages qui habitent Ghoramara : enfants, paysans, mères de famille, pêcheurs… Les pieds dans l’eau ou élevés sur un bloc de terre immergée − d’où l’on aperçoit les racines asséchées −, les modèles d’On the shore of a vanishing island sont les victimes de notre société consumériste. Elles le sont tout autant que la terre qui les accueille.

Avec humilité et bienveillance, le photographe dévoile l’histoire d’une terre, d’un peuple et finalement d’un monde en proie à l’effondrement. Figeant dans l’éternité ce qui est voué à sombrer dans le néant, Daesung Lee laisse planer un doute, un espoir, un : « Et si ? ». Et si notre planète un jour retrouvait des mers nourricières, des terres fécondes, des forêts immenses ? En représentant des territoires multiples, des lieux qui s’évanouissent, l’artiste sud-coréen nous invite à prendre conscience de notre part dans le collectif, de l’urgence du soin aux autres. Daesung Lee inonde nos yeux et nos esprits d’un message de solidarité et narre l’histoire d’un changement probable.

© Daesung Lee