La troisième édition du Prix Caritas Photo Sociale présente l’exposition du lauréat 2022, Cyril Zannettacci. Avec sa série Parler à ceux que l’on n’écoute jamais !, il raconte l’épidémie de Covid-19 du point de vue des sans-abris. Jusqu’au 28 janvier à la Galerie Vu’ à Paris, aux côtés des expositions des finalistes : Karen Assayag et Pierre Jarlan.
Le Prix Caritas Photo Sociale 2022 et la Galerie Vu’ organisent l’exposition du lauréat et des finalistes de cette troisième édition : Cyril Zannettacci, Karen Assayag et Pierre Jarlan. Jusqu’au 28 janvier, vous pourrez découvrir les œuvres de photographes qui utilisent leur pratique pour dénoncer les injustices sociales mais aussi donner une voix à celles et ceux qu’on a tendance à oublier. Parler à ceux que l’on n’écoute jamais ! est d’ailleurs le titre de la série de Zannettacci, qui raconte la pandémie de Covid-19 du point de vue des travailleur·se·s de santé au sein d’une unité d’accueil de personnes sans-abris. Karen Assayag, avec Ce qu’il reste au fond de moi, donne à voir des femmes vivant dans la rue après avoir été contraintes de quitter leur domicile suite à des violences domestiques. Une situation de précarité extrême très peu mise en lumière par les médias. Pierre Jarlan, quant à lui, a travaillé avec des jeunes migrant·e·s dans sa série Ici et demain. Il a ainsi cotôyé le foyer Pangéa, qui est intégré au sein du dispositif Grands Voisins, un lieu parisien alternatif social et solidaire. Présidé cette année par Mathieu Pernot, figure reconnue en France de la photo sociale, le jury du Prix était constitué de professionnel·les du monde de la photographie et d’expert·es de la lutte contre la pauvreté du Réseau Caritas France.

© Cyril Zannettacci / VU’

Manque de moyens et mépris d’État : la médecine sociale menacée

C’est au coeur d’une unité de soin pour sans-abris que Cyril Zannettacci a assisté au déferlement de l’épidémie de Covid-19 en 2021. A la fin du 19e siècle, le Centre d’Hébergement et d’Assistance aux Personnes Sans-Abri (CHAPSA) était une prison pour éloigner les mendiant·es. Aujourd’hui et depuis le début du 20e siècle, il dispense des soins et accompagne les personnes en situation de forte précarité. Ce lieu unique en France, situé à Nanterre, est pourtant menacé par des coupes budgétaires absurdes mettant à mal le travail des opérateur·ices de santé. Une situation critique qui a dégringolé durant la pandémie. La médecine sociale ne bénéficiant pas de la même réputation reluisante que la médecine classique, elle ne dispose pas non plus des mêmes ressources, et souffre d’un manque considérable de moyens, de budgets et d’effectifs. Rationnement, voire disparition de certains produits d’hygiène, locaux vétustes, équipe de nuit réduite à une infirmière et une aide-soignante pour 48 patients… l’expérience au sein du CHAPSA montre une fois de plus qu’en France, il y a bien des ciotoyen·ne·s de première et de seconde zone.

La docteure Valérie Thomas, qui préside cette structure hybride, a été à deux doigts de démissionner : elle pointe du doigt le « mépris d’État envers celles et ceux qui soignent les plus pauvres », mais aussi la dangereuse dégradation de son service depuis la pandémie, au point que le centre est aujourd’hui au bord de la rupture. Dans un article de Romain Jeanticou présentant le travail de Cyril Zannettacci, sorti dans Télérama,  la docteure déplorait un manque de subventions pour la médecine sociale qui n’a aucun poids politique. « Il est toujours plus facile financièrement de tenir une clinique à Neuilly qu’un centre pour sans-abris à Nanterre » conclue-t-elle. Avec sa série Parler à ceux que l’on n’écoute jamais ! , Cyril Zannettacci force nos regards à se poser sur une situation humanitaire si proche de nous et pourtant si invisible.

 

Une monographie consacrée à cette série est désormais disponible aux éditions Filigrane. Du 13 au 28 janvier, visitez l’exposition à la Galerie Vu’. 

© Cyril Zannettacci / VU’

© Karen Assayag

© Cyril Zannettacci / VU’

Image d’ouverture : © Cyril Zannettacci / VU’