Jusqu’au 17 janvier prochain, le Petit Palais accueille le travail de Laurence AëgerterIci mieux qu’en face. Pour sa première exposition monographique, présentée à Paris, elle dévoile l’aboutissement d’une correspondance entamée depuis plus de deux ans avec le musée. Immersion au cœur d’une œuvre protéiforme et ludique.

Le ton de l’exposition est donné dès les premières marches. Un miroir monumental, conçu spécialement pour le Petit Palais, porte le titre de l’exposition : Ici mieux qu’en face – minutieusement gravé à la main par l’artiste. On y voit dans le reflet l’envers du réel, de l’espace et de nous-mêmes. Une invitation à l’évasion. C’est un geste que privilégie l’auteure et qu’elle exprime à travers un travail pluridisciplinaire – photographies, tapisseries, céramiques ou installations in situ. Au sein de la collection permanente, elle compose un parcours immersif où sont disséminés ses propres travaux.

Ce n’est pas tant le sujet saisi qui compte mais la réflexion résultant du procédé. La photographie apparaît comme l’objet d’expérimentations. Laurence Aëgerter utilise notamment des reproductions de peintures qu’elle transforme par son procédé plastique. Par son geste de réappropriation, elle suscite la confusion et brouille notre perception de l’image en questionnant sa permanence. Elle va notamment photographier des modèles devant certains tableaux, créant ainsi une nouvelle composition. Une mise en abîme ludique qui nous interpelle en nous plaçant au centre de la réflexion.

Quand la photographie devient thérapie

Parcourir le musée devient une prescription médicale. À la fois artiste et curatrice, Laurence Aëgerter organise l’espace comme une cure. Sa série Photographic Treatment est une manière de prendre soin des observateurs. Ses diptyques noir et blanc stimulent notre imagination. En témoignent ces glaces à l’italienne et ces escaliers en colimaçon qui se confrontent. La symétrie et les motifs répétés activent la plasticité cérébrale et ralentissent la dégénérescence du cerveau. La photographie se fait thérapie, initiant un dialogue visuel, sensible et poétique avec le spectateur – véritable alter-ego de l’auteure. Un espace d’exposition devenu lieu d’échange, où l’affect du spectateur occupe une place centrale.

Identité, mémoire, destin… Laurence Aëgerter nous invite à entamer une réflexion sur notre propre histoire. Reconsidérer son passé devient une manière d’apaiser son présent. Son œuvre Confetti en est un parfait exemple. L’auteure a transformé en confettis 58 038 photographies réalisées au smartphone ces dix dernières années. Ici, la photographie saisit les instants d’une vie en tant que vestiges de notre identité. Le contraste entre la quantité phénoménale de souvenirs et la légèreté de l’installation nous amène à repenser notre passé. Les images deviennent des traces modulables de notre histoire. Par ce geste, elle prouve qu’on peut confronter le récit de notre passé et se réapproprier notre condition.

À travers cette exposition ludique et singulière exposant ses expérimentations photographiques, Laurence Aëgerter questionne et transforme le rôle du spectateur.

 

Ici mieux qu’en face

Jusqu’au 17 janvier

Petit Palais, Avenue Winston Churchill, Paris

© Laurence Aëgerter