Âgé de 23 ans, Baraa al-Halabi est un photojournaliste syrien basé à Alep. En septembre dernier, il prenait l’avion vers l’Europe pour la première fois. Destination Paris, où il recevait son prix du concours Fipcom, la compétition internationale de photojournalisme de l’émirat de Fujaïrah. Nous l’avons rencontré à son hôtel, où il nous a livré son récit.

Le matin, si Baara n’entend pas le bruit des avions survolant Alep lorsqu’il ouvre les yeux, c’est qu’il n’y aura pas de bombardements ce jour-là. Alors il se prépare un café, comme si c’était la routine. Mais le quotidien de Baraa n’est plus le même depuis quelques années. Depuis que la guerre civile a éclaté dans son pays.

Baara a 23 ans, est né et a grandi en Syrie. Quand elle éclate en 2011, la révolution lui met un appareil photo entre les mains alors qu’il est encore étudiant en informatique. Aux prémices du mouvement, il réalise ses premières images avec son téléphone lors des manifestations : « C’était le début de la révolution, il y avait un blocage médiatique à Alep. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’ai voulu montrer par moi-même ce qui arrivait à mon pays. » Puis il y eut la prison. Arrêté le 22 juin 2011 parce qu’il participait à une manifestation à la cité universitaire d’Alep, il fut libéré un mois plus tard. Son arrestation n’entame ni son engagement ni ses convictions. Comme de nombreux Syriens, Bara s’improvise « journaliste citoyen ». Ce n’est pas avec les armes qu’il résiste, mais avec les images.

Sa voix est douce, mais il y a une énergie dans le débit rapide de ses paroles. Ses mots fusent sans hésitation quand il nous raconte son histoire avec une maîtrise étonnante, sans doute aidé par les trois cigarettes qu’il allume à la suite. Son regard est grave, profond. Il révèle l’amertume et la fatigue. Il jette une lumière crue sur la réalité du quotidien de Baraa et des horreurs dont celui-ci a été témoin. Comme lorsqu’il parle des 120 personnes qu’il a vues brûlées vives après un bombardement sur un marché ; de la perte d’un ami photojournaliste à Reuters ; ou de la mort de son frère, tué par un sniper – et dont il taira les noms.

La peur

En revanche, ce que le regard de Baraa ne dévoile pas, c’est la peur. Non pas la peur de mourir, « parce que nous devons tous mourir un jour », mais la peur de souffrir. « Quand je pense au danger, je me dis que je préfèrerais mourir vite, plutôt que d’être blessé et hospitalisé pendant des mois, sans savoir ce qu’il pourrait m’arriver. J’ai aussi peur d’être enlevé. » Ce qui a bien failli lui arriver. « Un jour, j’ai été poursuivi par les combattants de Daesh. Je me suis enfui et caché, jusqu’à ce que les hommes qui en avaient après moi soient chassés. » C’est d’ailleurs pour ne pas se faire repérer sur le terrain qu’il a pris le pseudonyme d’al-Halabi […] Baraa a appris à aimer la photo : « Depuis que j’ai acheté mon premier appareil en 2014, un Canon 1100D, je ressens tous les jours le besoin de photographier. » Cette même année, il commence à vendre ses images à l’Agence France-Presse (AFP), pour laquelle il pige désormais régulièrement.

C’est d’ailleurs grâce à une photo vendue à l’AFP que Baraa a reçu le prix Fipcom dans la catégorie « Single news », le 9 septembre dernier, à l’Institut du monde arabe. Il se souvient très bien du jour où il l’a prise : « C’était en juin 2014, pendant les élections. » […] C’est aussi à cet instant que le jeune homme comprend que son peuple « est en train de mourir ». Selon lui, la Syrie « est une plate-forme de règlements de comptes. Ça n’arrangerait personne que Bachar ne soit plus au pouvoir. Et c’est mon pays qui en fait les frais ».

Doisneau, Fairuz et Marcel Khalifé

Quand ce n’est pas la guerre qu’il photographie, Baraa fait « des photos de l’amour ». Une jolie façon de confier, avec un sourire timide, qu’il aime le travail de Robert Doisneau…

 

… L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #15, en kiosque actuellement.