Pour inaugurer sa formule estivale, l’émission Regardez Voir reçoit Jane Evelyn Atwood. La photographe américaine présente la série Badante, exposé à Houlgate jusqu’au 31 août. Elle revient également sur son travail-fleuve sur les femmes en prisons.

Cet été, l’émission Regardez Voir propose une nouvelle formule. Le samedi, à 14h, la journaliste Brigitte Patient accueille des photographes invités à revenir sur leurs œuvres. Pour cette première, Brigitte Patient reçoit la célèbre photographe Jane Evelyn Atwood. Marraine du festival Les femmes s’exposent d’Houlgate, elle y présente Badente, un travail pour la première présentée en France. Le terme italien badente désigne des auxiliaires de vie qui vivent avec leur patient. Daria est la badente dont Atwood chronique la vie.

Daria est ukrainienne. Comme des milliers de ses compatriotes, elle a quitté l’Ukraine pour l’Italie afin de faire vivre sa famille restée au pays. Comme l’explique la photographe : « Quand j’ai commencé ce travail en 2005, il n’y avait pas de règlement. Les badente étaient payées à la merci de la famille qui les a embauchées et des fois, cela pouvait être abusif. (…) Daria était un cas exceptionnel. Elle n’avait pas qu’une personne âgée mais quatre, quatre sœurs. » Au milieu de cette vie éreintante, pour envoyer plus d’argent à sa famille, Daria passe ses deux heures de repos quotidien au service d’une femme riche. Une vie d’esclave que la photographe a capté au plus près en noir et blanc.

Le monde clos le plus extrême

À partir de 1989 et pendant 9 ans, Jane Evelyn Atwood a parcouru les prisons du Monde. En France, en Russie, en Europe de l’Est puis aux États-Unis, elle saisit la vie carcérale des femmes. De cette immersion en milieu clos, la photographe a rapporté un témoignage poignant publié dans un livre de photos et de récits, Too Much Time, (Women in prison). « Je suis fasciné depuis le début par les mondes clos, confie Atwood, la prison représente le monde clos le plus extrême. (…) C’est l’être humain qui a inventé cette idée de créer un monde clos qui est pour les gens qui ne peuvent pas être avec le reste de la société. C’est ça qui m’a intrigué. »

Que ce soit pour une publication ou une exposition Jane Evelyn Atwood veut contrôler ses images. Ce n’est pas seulement pour que la finalité soit fidèle à son intention de départ. Elle le précise : « Il ne faut absolument pas trahir ces gens. C’est moi qui ai demandé « Est-ce que je peux vous prendre en photo ? » [Ces femmes] ont confiance en moi, elles ont confiance en ce que je vais faire avec ces photos. Alors je ne peux pas faire n’importe quoi avec ces photos. (…) Ce n’est pas un contrôle gratuit, c’est de ne pas dénaturer un travail qui est déjà fait. »

 

 

© Jane Evelyn Atwood