Elisabeth Gomes Barradas et Sophie Churlaud, nos coups de cœur #351, s’opposent sur bien des égards, mais non sur leurs obsessions graphiques. La première s’inspire directement du R’n’B pour élaborer des portraits sortis tout droit des années 2000, alors que la deuxième s’efforce à collecter tous les détails géométriques de la ville de Naples.

Elisabeth Gomes Barradas

Usher, Aaliyah, Beyonce, Alicia Keys, Mariah Carey… Aucun doute, c’est la crème de la crème des années 2000. Principale source d’inspiration de la photographe Elisabeth Gomes Barradas, le R’n’B du tournant du millénaire apparaît sublimée dans sa série Covers – showbizz, blingbling, paillettes et ghetto fabulous. « Que ce soit de copier leur style vestimentaire, leur coiffure, ou d’apprendre par cœur des chorégraphies et des lyrics, c’est dans notre petit HLM des Hauts-de-Seine que secrètement, nous rêvions d’être à la place de ces people », raconte-t-elle. Un fantasme devenue performance pour cette jeune artiste, qui use de la mise en scène photographique comme exutoire pour ses plus grands rêves. Lors de ses shootings, elle invite ses modèles à mettre une playlist de cette époque en fond pour mieux incarner ces stars. Car un cover est à la fois la une des magazines qu’elle collectait adolescente, et la reprise d’une chanson adorée – une façon donc de se mettre en lumière, et d’imiter ses idoles. « Je vois mes photographies comme des peintures historiques de personnalités fantasmées. J’aime imaginer une ambiance, une vibe pour mes shoots et me laisser surprendre », poursuit-elle. Dans ses images, le style R’n’B est arboré fièrement comme l’étendard de l’ascension sociale des personnes noires dans le milieu artistique, d’une façon aussi kitsch que fabuleuse.

Covers © Elisabeth Gomes Barradas

Sophie Churlaud

En 2018, après sept mois passés au Québec, le cœur abîmé par une histoire d’amour raté et un hiver interminable, la photographe française Sophie Churlaud s’est rendue à Naples. « J’avais trois jours, toute seule, avec la ville comme terrain de jeu. J’ai tout de suite été attirée par les couleurs, la chaleur, et la vie de cette cité de bord de mer – en comparaison avec la vie aseptisée, froide et grise de Montréal à cette période de l’année », se souvient-elle. Alors, à l’instinct et avec son boîtier en main, l’artiste a shooté frénétiquement les détails de cette ville bouillonnante. « Je déambulais dans la ville à la recherche de quelque chose, sans savoir quoi. Alors, je me suis attardée sur les textures en gros plan. C’est seulement lors de la phase d’editing que la série a trouvé son sens et que les images se sont assemblées », poursuit-elle. Sophie Churlaud découvre alors, après coup, une harmonie remarquable. Réunies en diptyques, ses prises de vues se rythment par leurs couleurs et leurs lignes. En résulte Voir Naples et puis mourir, une série saisissante, aux couleurs radieuses de la ville italienne.

Voir Naples et puis mourir © Sophie Churlaud