Dans sa série Transcendent Country of the Mind, la photographe finlandaise Sari Soininen nous raconte son voyage hallucinatoire sous LSD. Une œuvre qui retrace une étrange période de sa vie, au moment où sa perception de la réalité s’est altérée à jamais. Cet article est à retrouver dans notre dernier numéro.

Sari Soininen, jeune photographe finlandaise née en 1991, a consommé du LSD de manière régulière et excessive au début de la vingtaine. Une expérience qui l’a conduit à un épisode psychotique prolongé avec de graves conséquences sur sa vie, mais qui a aussi changé sa façon de percevoir le monde et la réalité. Une période qui l’a profondément transformée : « J’ai affronté les démons de l’enfer et on m’a montré les merveilles du paradis, j’ai voyagé dans le temps et l’espace, j’ai jeté un coup d’œil derrière le rideau de cette dimension et – même aujourd’hui, après m’être complètement rétablie – ma compréhension de la réalité a changé à jamais », explique-t-elle.

Étudiante en photographie à l’université de Bristol, Sari Soininen a décidé de consacrer son projet de maîtrise à l’expérience de sa psychose « car j’avais l’impression d’avoir acquis une nouvelle façon de voir, et la psychose m’a fait retrouver la photographie, précise-t-elle. Au début, j’ai fait beaucoup de recherches sur le paganisme et le folklore finlandais, car ma psychose était vraiment religieuse ; elle empruntait des éléments au christianisme et au paganisme finlandais. » L’artiste a également effectué de nombreuses recherches dans les revues médicales des années 1960 qui étudiaient la relation entre LSD et expériences mystiques.

© Sari Soininen

« Je n’avais pas vraiment d’images en tête au préalable, précise Sari Soininen pour expliquer sa manière de travailler. Je me contentais de remarquer les choses qui m’entouraient. Je photographie généralement des choses très banales, qui se transforment en quelque chose d’autre lorsque je les photographie. Pour ce projet, ces choses m’ont rappelé le monde étrange que j’ai rencontré un jour : elles étaient comme des dimensions différentes de la perception. (…) J’ai également lu le livre d’Aldous Huxley, Les Portes de la perception, où il parle de son expérience de la mescaline. Transcendent Country of the Mind, le titre de la série, est d’ailleurs extrait de cet essai. » Un travail qui est devenu une méthode d’autothérapie extrêmement importante pour elle : « C’était un moyen de me libérer de cette expérience traumatisante mais révélatrice », précise l’artiste.

Plusieurs personnes ayant vécu des psychoses lui confient avoir vécu la même expérience et s’identifient à son travail. Dans le livre qu’elle prépare, Sari Soininen livre un long texte en flux de conscience, « décrivant [s]es sentiments pendant la psychose et racontant toutes les choses les plus folles qu’[elle] a faites pendant ces quelques mois ». Ce sont des extraits de ce flux de conscience que nous vous proposons de découvrir en regard de ses images hallucinées. Transcendent Country of the Mind sera par ailleurs exposé au festival Circulation(s) au printemps avec une scénographie imaginée par l’artiste.

« Le ciel a commencé à changer lentement. Je pouvais voir et sentir sa rage dans les mouvements des nuages qui commençaient à devenir de plus en plus sombres.

C’était comme si j’étais entré dans l’histoire de l’Apocalypse. J’ai enfin compris que le monde était vraiment comme ça : Nos esprits étaient connectés à la nature et à l’univers entier lui-même. »

« J’ai arraché la croix de mon cou et l’ai brisée sur le plancher de la voiture en pleurant amèrement. La porte s’est ouverte et quatre policiers ont attrapé chacun un de mes membres et ont commencé à porter mon corps nu à l’intérieur pendant que je criais comme si j’allais être abattu.

Ils m’ont jeté dans une salle blanche capitonnée. Le temps a disparu alors que les murs autour de moi ont fondu et que je suis tombé dans un vide de lumière sans fin où je l’ai rencontré, lui et toutes les autres créatures de l’horreur. »

« Quelques jours plus tôt, j’avais réalisé que le monde était une boîte. Vérité insensée mais rationnelle sur la vraie nature du monde. Tout, ensemble et séparément, n’était qu’une boîte. Une boîte avec huit coins dedans. Rien de plus, rien de moins. »

© Sari Soininen

Cet article est à retrouver en intégralité dans Fisheye #51, disponible ici