« Loin de la scène parisienne, ORLAN n’a pas le privilège – de classe et de genre – d’appartenir à des groupes qui sont pour la plupart l’expression la plus intense de la culture de l’entre-soi masculin, que ce soit les nouveaux réalistes ou les surréalistes qui manient avec trop de sérieux la naissance d’un nouveau mouvement et sa dissolution. Qu’importe ! Les récits indociles et émancipateurs de Simone de Beauvoir, de Françoise Sagan, de Colette ou encore de Jean Genet ont propagé l’onde de choc du libre arbitre, que tou.te.s peuvent exercer sans distinction de race, de classe, de genre et de sexualité : on ne naît pas insoumis.e.s, on le devient. Ce message, ORLAN se l’est très tôt approprié en se constituant un panthéon d’idées anarcho-féministes. » 

Géraldine Gourbe, philosophe, critique et commissaire d’art, janvier 2021

 

Avec ses séries Nu descendant l’escalier avec talons compensés (1967) et Tentative de sortir du cadre (1965) en particulier, elle s’attaque aux injonctions sociales et narguent les avant-gardes passées. La première met en cause la représentation du corps des jeunes femmes, et la seconde dénonce l’hypocrisie religieuse qui règne sur l’érotisme. D’autres œuvres comme draps de trousseau maculés de sperme par ses amants (1968-1975) et Le Baiser de l’artiste (1976-77) relèvent d’une autre voie qu’emprunte ORLAN : celle de l’artiste-putain. Enfin, les performances Action Or-lent : les marches au ralenti dite au sens interdit et MesuRages, aujourd’hui iconiques, témoignent de la dimension conceptuelle de son œuvre, longtemps réduite à « l’art corporel ».

© ORLAN

Ceysson & Bénétière – 23 Rue du Renard, 75004 Paris