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Quel avenir pour le musée Nicéphore Niépce ?

19 janvier 2017

Photo : © Musée Nicéphore-Nièpce, © Patrice Josserand / Musée Nicéphore-Nièpce | Texte : Benoît Baume

Dans un contexte de grande incertitude pour le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, son directeur, François Cheval, vient de quitter ses fonctions fin 2016. Un saut dans l’inconnu pour une institution municipale riche d’une collection de trois millions d’objets et de clichés. Gilles Platret, le maire très ancré à droite, n’a pas de vision claire pour la suite, à part celle de réduire le coût excessif, selon lui, du musée.

« Dans ce métier, tu n’es propriétaire de rien. Ni des lieux, ni du public, encore moins des collections. Lorsque je suis parti du musée de Dole, après plus de dix ans, où j’avais bouleversé les codes et l’idée de chronologie dans les parcours artistiques, mon successeur s’est empressé de revenir à l’ancienne vision des écoles et des classements. C’était une grande leçon et je le prends en compte lors de mon départ du musée de Chalon, il est sûrement venu le temps d’une autre expression ou vision de la photo. » Le discours est mesuré, mais pas forcément apaisé. François Cheval vient de quitter la direction du musée de la photographie Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône qu’il occupait depuis 1996. À tout juste 60 ans, il a fait jouer son droit à la retraite, dans un contexte de vive tension avec le maire LR élu en 2014, Gilles Platret. Un personnage politique jeune, 43 ans, mais aux idées très tranchées. Il s’est notamment fait connaître des médias en mars 2015 en ne proposant plus dans les cantines scolaires de sa ville des repas de substitution au porc.

© Musée Nicéphore-Nièpce, © Patrice Josserand / Musée Nicéphore-Nièpce | Texte : Benoît Baume

© Musée Nicéphore-Nièpce, © Patrice Josserand / Musée Nicéphore-Nièpce | Texte : Benoît Baume

Le rôle d’André Malraux

Gilles Platret a connu une carrière politique chaotique avant de devenir maire de Chalon à la suite du raz-de-marée de la droite sur les villes de France. Son péché mignon : les réseaux sociaux, notamment Twitter. Avec près de 1 900 tweets pour plus de 3 600 abonnés, on peut suivre sa vie et sa pensée au quotidien. Très enclin à critiquer l’islam au nom de la laïcité, il est aussi un champion des volte-face. Ainsi, après des mois de soutien à Nicolas Sarkozy par des tweets enflammés lors de la campagne de la primaire de la droite et du centre, il a soutenu François Fillon au soir du premier tour. Celui qu’il conspuait dans ses écrits quelques jours auparavant est devenu son héros et son champion de vertu.

La bonne nouvelle, c’est qu’étant désormais lié à un candidat se revendiquant du gaullisme, Gille Platret ne saurait ignorer le rôle d’André Malraux qui fut ministre de la Culture du Général et son action pour le développement des entités muséales en région. Car c’est bien là que l’hésitation règne. S’il était inexact de dire que Gilles Platret cherche à fermer le musée, il a pour le moins une attitude ambiguë sur le sujet. Après avoir réduit les subventions de manière spectaculaire, notamment pour les acquisitions, il a un temps envisagé de le transformer en « musée du vin, de la culture et de l’archéologie de la Saône ».

À la suite de nombreux articles de presse, en juin dernier, le maire a revu son discours. « Le musée Niépce n’est pas promis à la destruction et nous avons, pour lui, de grands projets qui s’imprimeront dans ce mandat. Nous avons une ambition sans limites pour la photographie. Nous ne nions pas qu’il y a eu des baisses de dotations aux services publics de la ville de Chalon. Les restrictions budgétaires concernent tout le monde, y compris les services culturels. En 2014, le budget de fonctionnement du musée, hors masse salariale, était de 152 000 euros. Il est de 87 000 euros en 2016. Oui, il y eut baisse. On est à la veille de l’embauche d’un nouveau directeur ou d’une nouvelle directrice, et nous redéfinirons avec lui ou elle les orientations muséographiques qui détermineront notre politique d’acquisitions », a ainsi précisé Gilles Platret. Il a aussi évoqué un « musée de l’image » dans un autre lieu que le musée actuel, « pour que Chalon passe du statut de berceau de la photo à celui de capitale de l’image ». Une rhétorique abstraite que Gilles Platret peine à éclaircir. Le musée est orphelin d’un projet clair…

→ L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #22, en kiosque depuis le 9 novembre et disponible en ligne sur Relay.com ! ←