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« Capter l’énergie et le rythme »

1 décembre 2016

Photo : Pauli "The PSM", batteur du groupe Gorillaz, photographié chez lui à New York, © Deirdre O'Callaghan | Texte : Jacques Denis

Après avoir été éditeur photo pour le magazine "Dazed & Confused", Deirdre O’Callaghan s’est fait remarquer par un travail personnel dans un hôtel de Camden, à Londres : Hide That Can, salué par l’International Center of Photography (ICP) de New York et les Rencontres d’Arles. Son nouveau livre, "The Drum Thing", met en lumière ceux qu’on ne voit pas toujours, mais qui assurent la pulsation de la musique : les batteurs.

Fisheye : Comment vous est venue l’idée de réaliser un tel livre ?

Deirdre O’Callaghan : En tant que photographe, j’aime regarder un batteur en train de perfomer, notamment pour l’aspect physique du jeu. Quand j’écoute de la musique, je me concentre sur la section rythmique : pour moi jouer sur les fûts, les tambours, c’est presque comme une danse. L’idée de capter cette énergie et le rythme est une des clefs de ma démarche. Je travaille toujours sur plusieurs projets, mais celui-ci englobe beaucoup de choses qui me passionnent.

Peut-on comparer l’art du batteur à celui du photographe ?

En un sens oui, le photographe est inspiré par l’éclairage : en capturant un moment, une humeur, l’essence ou l’énergie de quelqu’un. Je vois des parallèles entre ces deux pratiques. Sur le plan logistique, nous travaillons chacun, batteur comme photographe, avec une batterie – sans jeu de mots – d’équipements, mais nous sommes toujours en mouvement. Les photographies ont été très influencées par le style de jeu des batteurs et les personnalités de chacun. Une des choses les plus difficiles était de leur faire oublier ma présence. Une fois les musiciens entrés dans leur « bulle personnelle », j’étais alors en mesure de capter cette énergie visuelle – à l’image de celle de Brian Chippendale. D’autres ont un style de jeu très décontracté qui reflète leur caractère. Il suffit juste de regarder la photo de Steve Gadd pour sentir son sang-froid, son côté laid-back par nature.

Comment s’est établi le casting ? En fonction de quels critères ?

J’ai envoyé une proposition à chaque batteur avec une sélection d’images déjà faites, l’organisation des prises de vue et des interviews a été un cauchemar logistique. Mais il était important que cette liste soit aussi diversifiée que possible. J’ai passé beaucoup de temps au cours de la première année à mettre sur pied une liste de ceux que je voulais photographier. Au fil du temps cette liste s’est allongée, notamment à la suite des suggestions de certains des batteurs déjà impliqués dans le livre. J’ai notamment aimé rencontrer George Hurley, un batteur (du groupe Minutemen) qui a influencé beaucoup d’autres musiciens présents dans le livre, comme Jon Theodore, Tchad Smith et Matt Cameron. George avait tant d’histoires à raconter sur la scène punk du Los Angeles du début des années 1980… Comment ils ont ouvert la voie en Amérique à des groupes tels que les Red Hot Chili Peppers et beaucoup d’autres.

 

 

Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella, photographié en Californie / © Deirdre O'Callaghan

Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella, photographié en Californie / © Deirdre O’Callaghan

Les mains de Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella / © Deirdre O'Callaghan

Les mains de Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella / © Deirdre O’Callaghan

Quels sont ceux que vous auriez aimé photographier et ne figurent pas dans votre livre ?

Avec un tel projet, il est toujours difficile de savoir quand s’arrêter ! J’ai photographié environ 90 % des batteurs que j’avais listés. Parmi ceux pressentis, il y avait Brian Blade, Bernard Purdie, Zigaboo Modeliste, Sheila E et Charlie Watts, ils ne figurent pas au final dans le livre. J’ai fait plusieurs tentatives, mais nos planètes n’étaient pas alignées… Quant à Scott Asheton et Idris Muhammad, j’ai eu la chance de discuter avec eux lors de la phase préparatoire du projet. Les deux souhaitaient être impliqués, malheureusement Idris et Scott sont décédés avant que j’aie pu les rencontrer.

Vous montrez les batteurs parfois derrière leur instrument, parfois devant… En quoi l’environnement est important pour comprendre chaque musicien ?

Je voulais capturer la personnalité de chaque individu. Avoir la possibilité de photographier et d’interviewer chacun dans son espace privé, loin de la folie des tournées et de cet univers un peu impersonnel des hôtels, a été précieux. Je savais que je pourrais saisir leur sensibilité une fois qu’ils seraient dans leur intimité. Naturellement, au final, je me suis retrouvé face à une grande variété d’environnements, du plus élaboré au très minimaliste. De la lumière aux objets, jusqu’à la température, tout a son importance sur la façon dont les gens se sentent et jouent. Tous ces facteurs influencent chaque individu, comme Patrick Carney le précise lors de notre entretien. Après des années à jouer dans des pièces très sombres, souvent sans ouverture vers la lumière, l’une des choses qu’il voulait vraiment dans son nouveau studio était d’avoir des fenêtres. Qui sait à quel point cela peut avoir un effet ? À l’inverse, Horsemouth pose régulièrement son set de batterie dans son jardin au cœur de la campagne jamaïcaine.

Croyez-vous que vous auriez produit le même livre avec des guitaristes ?

Non, parce que ce projet était axé sur la personne en arrière-plan, ce qui caractérise souvent le statut du batteur dans la musique. La plupart du temps, la personne au premier plan focalise l’attention de la majorité du public. Moi, je voulais regarder au-delà.

Portrait de Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella / © Deirdre O'Callaghan

Portrait de Zach Hill, batteur des groupes Death Grips et Hella / © Deirdre O’Callaghan

En (sa)voir plus

The Drum Thing
éditions Prestel, 255 pages
49,95 $

→ L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #21, en kiosque depuis le 9 novembre et disponible en ligne sur Relay.com ! ←