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Hélène Hoppenot : première rétrospective à Montpellier

Auteure, photographe, Hélène Hoppenot parcourt le monde à une époque où les touristes sont rares. Elle y saisit ce qui l'émeut, livrant ainsi un témoignage unique et libre. Du 16 mars au 29 mai, le Pavillon populaire de Montpellier rend un hommage mérité à cette femme méconnue, pionnière de la photographie de voyage.

Depuis sa nomination en 2010 au Pavillon populaire à Montpellier, Gilles Mora propose trois expositions de photographies par an, gratuites et vues nulle part ailleurs. Après Denis Roche et ses Photolalies, il propose une première mondiale, une rétrospective dédiée à Hélène Hoppenot (1896-1990).

Son nom ne vous dit rien et pourtant cette épouse de diplomate a été une des pionnières de la photographie de voyage. Accompagnant son mari aux quatre coins du monde à une époque où se rendre de Paris à New-York prend plus de trois jours en paquebot, Hélène Hoppenot (1894-1990) a publi six livres de photographies sur l’Extrême-Orient, le Mexique, le Guatemala, la Tunisie, Rome et la Chine aux éditions Skira et à la Guilde du Livre. Elle a aussi tenu un journal publié en trois tomes, de 1918 à 1940, où elle dépeint avec beaucoup d’esprit le milieu du Quai d’Orsay. Elle y relate ses voyages et parle de ses nombreux amis artistes : Paul Claudel, Darius Milhaud, Colette, Paul Valery… Qu’elle ne photographie pas, ou peu.

"Arbre et cage" / © Hélène Hoppenot

« Arbre et cage » / © Hélène Hoppenot

L’inspiration du voyage

Très tôt la photographe a un rêve, connaître la Chine. Alors en poste au Brésil, elle supplie son époux de demander cette affectation qu’il obtient en 1933. Sur place, elle troque la plume pour un appareil photo 6×6 de marque Rolleiflex : « Ne sachant ni dessiner, ni peindre, il ne me restait que la photographie que j’ai apprise seule et par l’observation », écrit-elle. Avec la fraicheur d’un regard amateur, elle saisi des monuments mais aussi les gens dans la rue pris sur le vif et des détails, des objets insolites, livrant sur l’Asie des années 30 un témoignage sincère.

Alain Sayag, commissaire de l’exposition, a eu accès aux archives de la photographe déposées au Ministère des affaires étrangères, au Musée d’Art Moderne de Paris et à la BNF pour en tirer la quintessence en 160 photographies, réalisées entre 1933 et 1956 et classées par continents. S’y côtoient de très beaux tirages d’époque en format 18×24 aux teintes chamois, les épreuves 24×30 qu’elle faisait réaliser pour ses ouvrages, des impressions jet d’encre en 50×60, ainsi que quelques photographies en couleur, notamment de flamboyantes parures de fête au Guatemala.

Au fur et à mesure de ses voyages, le style d’Hélène Hoppenot s’affirme avec des thèmes de prédilection. À New-York, elle multiplie les photos de petits métiers de rue. À Paris, elle s’intéresse aux vitrines de magasins et aux fêtes foraines. Au Mexique, elle s’attarde sur les pêcheurs du lac Patzcuaro dont les filets dépliés forment des ailes de papillons sur le film noir et blanc. Au Guatemala, elle tourne autour d’une jeune fille, cherchant la composition la plus pure. L’exposition nous montre toutes les photos de cette séquence dans laquelle se trouve la couverture du catalogue, très réussi, édité par Hazan.

C’est l’intérêt principal de cette exposition : nous faire partager les images d’une époque révolue certes, mais aussi montrer l’évolution d’un regard et faire connaître au grand public la vie étonnante de cette femme libre.

Texte par Sylvie Hugues

Pavillon populaire, Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier
Entrée libre. Tél :04 67 66 13 46 – www.montpellier.fr