Mathilda Olmi : « Je pense que mon regard sur le réel est un peu idéalisé »

11 août 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Mathilda Olmi : "Je pense que mon regard sur le réel est un peu idéalisé"
Fraîchement diplômée de l’École de Photographie de Vevey, en Suisse, Mathilda Olmi nous livre une très belle série réalisée en Islande et bientôt exposée à Bienne, Northern Lights.

Fisheye: Salut Mathilda, et merci d’avoir accepté cette interview. Qui es-tu ?

Mathilda Olmi

: Je suis diplômée de la Formation supérieure de l’École de photographie de Vevey et membre du Collectif Quinze, association de promotion des jeunes photographes romands. Actuellement, je partage mon activité entre différents mandats photographiques et ma passion pour le voyage.

Pourquoi es-tu devenue photographe ?

Un peu par hasard. J’ai toujours aimé l’image, je dessinais beaucoup et puis un jour ma mère m’a prêté son vieil appareil argentique. Lors de ma dernière année de lycée, j’ai fait du laboratoire noir/blanc, et j’ai adoré la sensation que procurait l’apparition de l’image latente dans la chambre noire. L’année suivante, je suis partie en Australie et j’ai décidé en rentrant de passer le concours pour entrer dans une école de photographie. Je n’y connaissais vraiment pas grand chose.

Où ont été prises les photos de la série Northern Lights” ?

En octobre 2014, lors d’un voyage en Islande. Je suis partie avec une amie photographe, Sandrine, et nous avons voyagé en stop et fait du Couchsurfing. C’était une expérience magnifique, presque un peu irréelle.

Certaines images semblent avoir été prises de manière impulsive, notamment celles au flash. C’est ainsi que tu fonctionnes, à l’impulsion ?

Oui, je travaille de manière instinctive. En général, je ne prévois pas à l’avance ce que je vais photographier pour mes travaux personnels. Je me laisse séduire par une situation, une certaine lumière, ou un paysage. J’ai des images mentales qui sont présentes et qui m’aident à photographier certaines choses plutôt que d’autres. La grande part du travail pour moi est donc l’éditing – le choix des images et leur ordre – qui est fait à posteriori, et qui donne le sens à ma série.

Parmi toutes les images sélectionnées pour cette interview, quelle est ta préférée ?

J’aime particulièrement celle du téléphone qui contient une photographie d’un jeune homme essuyant une table. Le téléphone appartient à mon amie Sandrine, qui a photographié ce moment avec son portable. J’adore cette image. Elle évoque les peintures flamandes du XVIIe siècle tout en étant profondément ancrée dans notre époque numérique. Ici à nouveau, je photographie un objet qui contient une image, et il y a une certaine distance qui se crée. C’est le troisième personnage qui apparaît dans cette série, mais il est en second plan par rapport aux deux autres.

Finalement, il y a beaucoup de ton environnement dans tes images, mais peu de gens. Pourquoi?

Northern Lights

fait référence au premier roman de la trilogie «A la croisée des mondes» de l’auteur de littérature fantaisie Philipp Pullman. Il s’articule autour de deux personnages principaux, une fille et un garçon, héros d’une fiction qui naît de l’interaction entre les images. Les lieux, objets ou situations qu’elles reflètent forment des énigmes auxquelles seule l’imagination de l’observateur peut suggérer des réponses.

Quels sont les objectifs que tu t’imposes lorsque tu as ton objectif entre les mains ?

Je suis toujours à la recherche d’une certaine beauté. J’ai besoin que mes images dégagent quelque chose et je pense que mon regard sur le réel est un peu idéalisé et s’apparente au rêve. J’ai donc recours à différentes stratégies, comme l’effet de distanciation provoqué par le flash ou l’image rephotographiée. Cela contribue à renforcer la force mystérieuse de mes motifs tout en affirmant la capacité de la photographie à éveiller le merveilleux.

Trois mots pour décrire cette série ?

Lumières, couleurs et textures

Quels sont tes projets en cours ou à venir ?

Ma série Northern Lights sera exposée en septembre au Photoforum Pasqu’Art de Bienne, aux côtés de Otto Olaf Becker, Claudia Hausfeld, Einar Falur Ingólfsson, Ingvar Högna Ragnarsson et Pétur Thomsen. L’exposition s’appelle «Coping with Distance» et réunit des artistes islandais ou traitant de l’Islande. J’ai aussi une autre exposition prévue réunissant une série de portraits que j’ai réalisé pour la librairie Payot. Ensuite, je prévois de voyager dans d’autres pays, et je n’exclus pas de retourner en Islande, pour continuer mon travail ou entreprendre un nouveau projet.

Quel est ton état d’esprit en ce moment ?

Je viens de terminer mes études et je ressens une grande liberté et en même temps, il y a tellement de possibilités que ça en devient un peu perturbant. Je ne sais pas très bien vers quoi m’orienter. Je suis donc en train de chercher des résidences d’artistes.

Northern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern LightsNorthern Lights

Images par © Mathilda Olmi

Explorez
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
Oedipus, 2021 © Linder Sterling, courtesy of the artist and Modern Art
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en mai 2026....
30 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Yasmina Benabderrahmane : Impossible Landscape
Rokh © Yasmina Benabderrahmane
Yasmina Benabderrahmane : Impossible Landscape
Dans Impossible Landscape, Yasmina Benabderrahmane fait du médium photographique un outil pluriel de documentation du vivant. À...
30 avril 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
© austinprendergast / Instagram
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
Le retour des beaux jours voit les rues de Paris s’animer à nouveau. D’une terrasse à l’autre, éclats de rire et cris de joie se font...
21 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
© Émilie Delhommais
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
Tous les lundis, nous mettons en regard les travaux de deux photographes qui ont retenu notre attention. Cette semaine, la rédaction...
13 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin