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La lauréate du prix Carmignac renonce à sa récompense

17 septembre 2014

 

50 000 euros de bourse pour mener un travail au long cours, éditer un livre et exposer dans des lieux prestigieux : le prix Carmignac – Gestion du photojournalisme doit sonner comme une bénédiction à l’oreille de bien des photographes.

Mais pas à celle de Newsha Tavakolian. Après des mois de travail sur la jeune génération son pays, l’Iran, la lauréate de la cinquième édition du prix (que nous avions interviewée ici) vient de renoncer à la récompense qu’elle avait reçue.

 

Portrait de Somayyeh, professeur divorcé âgé de 32 ans © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

Portrait de Somayyeh, professeur divorcé âgé de 32 ans © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

 

Le Monde rapporte que les journalistes ont reçu le 9 septembre dernier un appel téléphonique leur indiquant que le livre et l’exposition étaient ajournés « en raison de pressions des autorités iranniennes« .

Le 16 septembre, suite à la publication de plusieurs articles, la Fondation Carmignac adresse un communiqué à la presse dans lequel elle affirme à nouveau avoir été « confrontée à une situation inédite de mise en danger de la Lauréate Newsha Tavakolian« . Selon la Fondation, la photographe aurait elle-même fait part des risques qu’elle encoure pour ce travail et « de son souhait d’édulcorer le projet « Burnt Generation » choisi par le jury. »

Mais c’est un tout autre son de cloche que l’on retrouve sur la page Facebook de la photographe.

Newsha Tavakolian pointe directement du doigt le financier fondateur du Prix, Edouard Camignac qui a selon elle « insisté  pour éditer personnellement mes photos et altérer les textes d’accompagnement des images. »

M. Carmignac aurait également voulu changer le titre du projet de la photographe – « Pages blanches d’un album photo iranien » – pour un autre, « Génération Perdue« , jugé cliché et inacceptable par l’intéressée.

 

Jeune couple sur la côte caspienne. L’Iran présentant un des taux de divorce les plus élevés au monde, les tribunaux sont engorgés © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

Jeune couple sur la côte caspienne. L’Iran présentant un des taux de divorce les plus élevés au monde, les tribunaux sont engorgés © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

 

Devant cette tentative de « dénaturation«  de son projet, doublée d’une atteinte à sa liberté artistique, Newsha Tavakolian a donc annoncé qu’elle allait rendre l’argent qui lui avait été attribué et renoncer à son titre de lauréate 2014.

Dans sa déclaration sur sa page Facebook, la photographe dément totalement avoir reçu des pressions de la part du gouvernement iranien et estime n’être « pas plus inquiétée que n’importe quel journaliste en Iran. »

 

Chauffeur de taxi dans son véhicule un jour de pluie. Derrière lui, une affiche d’une prochaine représentation de la pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

Chauffeur de taxi dans son véhicule un jour de pluie. Derrière lui, une affiche d’une prochaine représentation de la pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot © Newsha Tavakolian pour la Fondation Carmignac

 

« Je crois que la seule raison de l’annulation de mon projet est le simple fait que M. Carmignac n’a pas eu ce qu’iI voulait, c’est à dire un total contrôle sur mon travail, en accord avec ses propres idées sur la façon dont l’Iran devrait être représenté« , conclut-elle.  

Ce n’est pas la première fois qu’un lauréat du prix doit faire face aux opinions tranchées d’Edouard Carmignac.

Contacté par Le Monde, le photographe allemand Kai Weidenhöfer, qui avait travaillé sur la bande de Gaza en 2009,  a déclaré : « Il m’a carrément demandé de retourner sur place pour faire des images plus “positives” de la Palestine ! Il avait du mal à comprendre que je n’étais pas son employé. Ça ne s’est réglé qu’avec l’intervention d’un membre du jury. »

A voir dans quelle atmosphère se déroulera le prochain Prix Carmignac sur le thème des zones de non-droit en France.